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termes :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="82"><p>LXXXII. « Nous sommes venus pour le renouvellement de l’ancienne alliance; mais, provoqués par les
attaques du Syracusain, nous sommes dans la nécessité
de parler de notre empire et d’en démontrer la légitimité. Il en a donné lui-même la meilleure preuve en
disant qu’il y a éternelle inimitié entre les Ioniens et
les Doriens, ce qui est en effet. Nous, qui sommes loniens, placés en présence des Péloponnésiens, nation
dorienne, plus nombreux que nous, nos voisins, nous
avons cherché les moyens d’échapper entièrement à
leur domination. Après la guerre médique, en possession d’une flotte, nous nous sommes soustraits à l’empire et au commandement des Lacédémoniens; car, à
part leur puissance alors prépondérante, ils n’avaient
<pb n="v.2.p.166"/>
pas plus le droit de nous dicter des lois que nous de
leur en imposer. Placés nous-mêmes à la tête des peuples auparavant soumis au Roi, nous administrons
leurs affaires, parce que nous avons pensé que le meilleur moyen de nous soustraire à l’empire des Péloponnésiens était d’avoir une force pour nous défendre.
Et, pour parler vrai, il n’y a eu aucune injustice de
notre part à sou mettre ces Ioniens et ces insulaires, que
les Syracusains nous accusent d’avoir asservis malgré
les liens d’une commune origine : car ils ont marché
contre la métropole, contre nous, d’accord avec le
Mède; ils n’ont point osé émigrer en détruisant leurs
propriétés, comme nous l’avons fait lors de l’abandon
de notre ville; ils ont choisi pour eux la servitude, et
ils ont voulu nous l’apporter également.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="83"><p>LXXXIII. « Voilà ce qui légitime notre domination<note xml:lang="mul">L’intérêt de notre propre sécurité et Tunion des Chalcidéens avec les Mèdes.</note> :
d’une part, nous avons mis au service des Grecs la marine la plus nombreuse, et une ardeur qui ne s'est jamais démentie; les Ioniens, au contraire, ont volontairement agi de concert avec le Mède pour nous nuire;
d’un autre côté, nous aspirons à nous fortifier contre
les Péloponnésiens. Nous ne voulons pas nous couvrir
de beaux prétextes; dire, par exemple, qu’ayant seuls
anéanti le Barbare, il est juste que nous ayons l’empire; ou bien que nous avons bravé les périls plus encore pour la liberté des Péloponnésiens que pour celle
de tous les Grecs et pour la nôtre propre : la vérité est
que nous avons pourvu à notre propre sécurité, ce que
personne ne saurait blâmer : aujourd’hui encore, c’est
en vue de notre sécurité que nous sommes ici; et nous
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 L’intérêt de notre propre sécurité et Tunion des Chalcidéens avec les Mèdes.</note>
<pb n="v.2.p.167"/>
voyons d’ailleurs que nos intérêts sont les vôtres. Nous le
prouvons par les faits mêmes que les Syracusains nous
reprochent, par ceux qui vous disposent surtout aux
soupçons et à la crainte<note xml:lang="mul">Ces faits sont les conquêtes des Athéniens, l’asservissement des alliés.</note>. Car nous savons que, sous le
coup de la crainte et de la défiance, on peut bien se
laisser prendre un moment au charme de la parole;
mais qu’ensuite, quand il faut agir, c’est l’intérêt qu’on
consulte. Nous le répétons donc : c’est la crainte qui
nous a fait prendre l’empire en Grèce; c’est la même
cause qui nous amène ici, pour y établir avec nos amis
l’ordre qui convient à notre sûreté; non pour imposer
l’esclavage, mais pour empêcher qu’on ne le subisse.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="84"><p>LXXXIV. « Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il
ne nous appartient nullement de prendre ainsi souci de
vous : sachez que, si vous restez indépendants et assez
forts pour tenir tête aux Syracusains, nous aurons
bien moins à souffrir des forces qu’ils pourraient envoyer aux Péloponnésiens. C’est en cela que vos affaires nous intéressent au plus haut point. C’est dans
les mêmes vues que nous trouvons convenable de rétablir les Léontins, non pour les asservir comme leurs
compatriotes d’Eubée, mais pour leur donner au contraire le plus de puissance possible, afin que, limitrophes des Syracusains, ils puissent de chez eux les inquiéter dans notre intérêt. En Grèce, nous nous suffisons
à nous-mêmes contre nos ennemis. Dès lors ces Chalcidéens, à propos desquels on nous objecte que nous
n'avons aucune raison pour tenir leéuns asservis si nous
venons ici affranchir les autres, nous avons avantage à
ce qu’ils n’aient pas une puissance propre, et nous four-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ces faits sont les conquêtes des Athéniens, l’asservissement des alliés.</note>
<pb n="v.2.p.168"/>
nissent seulement des subsides; ce qu'il nous faut ici,
au contraire, c’est que les Léontins et nos autres amis
aient la plus entière indépendance.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="85"><p>LXXXV. « Pour un tyran, pour une ville qui exerce
la domination, rien de ce qui est utile n’est sans raison;
point d’amitié là où il n’y a pas de sécurité; en toutes
choses ce sont les circonstances qui doivent décider des
dispositions amicales ou hostiles. Or notre intérêt ici
n’est pas de maltraiter nos amis, mais bien de les fortifier pour réduire nos ennemis à l’impuissance. Ce qui
doit vous ôter toute défiance, c’est qu’en Grèce, avec
nos alliés, nous traitons chacun en raison de l'utilité
que nous en pouvons tirer : les habitants de Chio et
de Méthymne sont indépendants, à la condition de
fournir des vaisseaux; d’autres, soumis à un régime
plus dur, nous payent tribut; d’autres enfin, quoique
insulaires et à notre discrétion, sont dans notre alliance avec une entière indépendance, parce qu’ils occupent des positions favorables autour du Péloponnèse.
Il est donc à croire qu’ici également ce sera notre intérêt et, comme nous l’avons dit, la crainte des Syracusains qui nous guidera dans nos mesures. Car ils
aspirent à vous dominer; ils veulent vous rallier à eux
en nous rendant suspects, nous forcer à repartir sans
avoir rien fait, et ensuite, de vive force ou grâce à
voire isolement, soumettre la Sicile à leur propre
domination. Et cela est inévitable si vous vous unissez à eux : car nous n’aurons plus alors, nous, une
armée aussi nombreuse, réunie sur un seul point,
tout entière soûs la main<note xml:lang="mul">Nous serons obliges de nous diviser pour tenir tête à vous et aux Syracusains, nous aurons moins de chances de succès, et une fois que nous aurons quitté la Sicile, vous serez à votre tour facilement vaincus.</note>; et, d’un autre côté, les
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Nous serons obliges de nous diviser pour tenir tête à vous et aux Syracusains, nous aurons moins de chances de succès, et une fois que nous aurons quitté la Sicile, vous serez à votre tour facilement vaincus.</note>
<pb n="v.2.p.169"/>
Syracusains seront bien forts contre vous en notre
absence.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="86"><p>LXXXVI. « Si quelqu’un pense autrement, les faits
eux-mêmes le démentent : lorsque vous nous avez appelés à l’origine, quel stimulant nous avez-vous proposé? La crainte qu’en vous laissant tomber sous le
joug de Syracuse, il n’y eût danger pour nous-mêmes.
Il n’est donc pas juste maintenant de suspecter les motifs mêmes au nom desquels vous vouliez nous persuader, ni d’être avec nous dans la défiance, parce que
nous sommes venus avec des forces plus considérables
que celles des Syracusains. C’est d’eux que vous devez
bien plutôt vous défier : nous, du moins, nous sommes
dans l’impossibilité de rester ici sans votre concours;
et quand bien même, traîtres à nos promesses, nous
soumettrions la Sicile, il nous serait impossible de la
conserver, vu la longueur de la traversée et la difficulté
de garder des villes aussi grandes et munies de toutes
les ressources continentales. Les Syracusains, au contraire, ne sont pas dans un camp; ils sont là, au milieu
d’une ville plus puissante que toutes nos forces ici
présentes, menaçant vos frontières; ils conspirent
contre vous sans relâche et ne laisseront échapper aucune des occasions qu’ils pourront saisir. Ils l’ont
prouvé dans bien des circonstances, et dernièrement au
sujet des Léontins. Et maintenant ils osent, comme si
vous étiez entièrement dépourvus de sens, invoquer
votre secours contre ceux qui entravent leurs desseins
et qui ont préservé jusqu’à présent la Sicile de tomber
sous leur joug. Nous vous convions, nous aussi, et avec

<pb n="v.2.p.170"/>
bien plus de sincérité, à votre propre salut; nous vous
prions de ne pas renoncer à la sécurité que nous nous
procurons mutuellement, de songer enfin que contre
vous la voie sera toujours ouverte aux Syracusains,
même sans alliés, grâce à leur nombre, et que vous
n’aurez pas souvent la chance de vous défendre avec
d’aussi nombreux secours. Si, par défiance, vous laissez
ces secours partir sans avoir rien fait, peut-être même
après un échec, un jour viendra où vous désirerez
voir auprès de vous ne fût-ce qu’une faible partie de
ces forces, alors que toute assistance vous sera devenue inutile.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="87"><p>LXXXVII. « Ne vous laissez donc point séduire, Camarinéens, par leurs calomnies, ni vous ni les autres :
nous vous avons dit la vérité tout entière au sujet des
défiances dont on nous environne; nous allons nous
résumer en peu de mots pour achever de vous convaincre : nous le déclarons, si nous exerçons l’empire en
Grèce, c’est pour n’être pas soumis nous-mêmes à un
autre; ici nous voulons l’indépendance des peuples,
pour n'êlre pas inquiétés par eux; beaucoup entreprendre est pour nous une nécessité, parce que nous
avons aussi beaucoup à nous préserver; enfin ce n’est
pas sans avoir été appelés, c’est sur une invitation formelle que nous sommes venus ici, et maintenant et
précédemment, au secours de ceux d’entre vous qui
étaient opprimés. Quant à vous, ne vous érigez ni en
juges de nos actions, ni en censeurs; ne prétendez pas
nous détourner de notre but, ce qui serait désormais
difficile. Mais si dans notre activité inquiète, dans notre
caractère, il est quelque côté qui ait aussi son utilité
pour vous, saisissez-le pour en faire votre profit, et
<pb n="v.2.p.171"/>
croyez que notre manière d’agir, loin d’être également
nuisible à tous, est au contraire utile à la grande
majorité des Grecs. En effet, en tous lieux, même là où
nous ne sommes pas présents, soit qu’on se croie victime d’une violence, soit qu’on la médite, chacun se
tient pour assuré d’avance, d’une part que nous viendrons en aide à l’opprimé, de l’autre que, si nous venons, il y a péril à redouter pour l’agresseur; et de là
une double nécessité, pour l’un d’être modéré malgré
lui, pour l’autre d’être sauvé sans qu’il lui en coûte. Ne
repoussez donc point les garanties et la sécurité que
nous apportons sans distinclion à tous ceux qui en ont
besoin, et que nous vous offrons maintenant à vousmêmes; faites comme les autres; au lieu d’être sans
cesse à vous mettre en garde contre les Syracusains, unissez-vous à nous contre eux, et prenez enfin
à votre tour le rôle d’agresseurs. »</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="88"><p>LXXXVIII. Ainsi parla Euphémos. Les Camarinéens
se trouvaient dans la situation suivante : d’un côté ils
étaient bien disposés pour les Athéniens, à part les
soupçons qu’ils pouvaient avoir contre eux de vouloir
subjuguer la Sicile; de l’autre ils avaient, en qualité de
voisins, de perpétuels différends avec les Syracusains.
Néanmoins, craignant que les Syracusains, dont ils
étaient limitrophes, ne fussent victorieux même sans
leur secours, ils leur avaient envoyé, comme nous l’avons vu, un petit nombre de cavaliers, et se réservaient
pour l’avenir de les aider de préférence, quoique avec
toute la réserve possible. Mais pour le moment, ne
voulant pas paraître traiter avec moins de faveur les
Athéniens, qui avaient eu l’avantage dans le combat,
ils résolurent de faire même réponse aux uns et aux
<pb n="v.2.p.172"/>
autres : cette décision prise, ils déclarèrent qu’étant
alliés des deux peuples qui se trouvaient en guerre, ils
croiraient manquer à leurs serments dans cette circonstance, s’ils ne gardaient entre eux la neutralité.
Les députés des deux partis se retirèrent.</p><p>Pendant que les Syracusains faisaient de leur côté
leurs préparatifs de guerre, les Athéniens, campés à
Naxos, traitaient avec les Sicèles, pour en attirer le
plus grand nombre possible à leur parti : ceux de la
plaine, sujets des Syracusains, firent défection pour la
plupart; les tribus de l’intérieur, qui étaient toujours
restées jusque-là indépendantes, s’étaient aussitôt ralliées aux Athéniens, à part un petit nombre, et fournissaient des vivres à l’armée, quelques-unes même
des subsides. Les Athéniens marchèrent contre ceux
qui ne passaient pas à leur parti, réduisirent les uns,
et interceptèrent les garnisons et les secours que les
Syracusains faisaient passer aux autres. Pendant l’hiver, ils transportèrent leur station de Naxos à Catane,
rétablirent leur camp incendié par les Syracusains
et y prirent leurs quartiers. Ils envoyèrent une trirème à Carthage, pour nouer des relations et tâcher
d’obtenir quelque secours. Ils envoyèrent aussi en
Tyrsénie, où quelques villes avaient promis le concours de leurs armes. Des messages furent expédiés de toutes parts aux Sicèles et à Égesle, pour
demander qu’on leur envoyât le plus possible de
chevaux. Enfin ils préparèrent des briques, du fer,
tout ce qui était nécessaire pour une circonvallation,
de manière à commencer la guerre à l’entrée du
printemps.</p><p>Les députés syracusains envoyés à Corinthe et à
<pb n="v.2.p.173"/>
Lacédémone s’efforcèrent, en passant, de décider les
peuples italiotes à se préoccuper des entreprises des
Athéniens, qui, disaient-ils, étaient tout aussi bien
dirigées contre eux-mêmes. Arrivés à Corinthe, ils
exposèrent leur mission et demandèrent des secours
au nom de leur commune origine. Les Corinthiens,
après avoir premièrement décrété eux-mêmes de leur
venir en aide de tous leurs moyens, envoyèrent avec
eux des députés aux Lacédémoniens pour les décider
de leur côté à pousser plus ouvertement les hostilités
contre les Athéniens en Grèce et à envoyer quelque
secours en Sicile. Les députés de Corinthe se rencontrèrent à Lacédémone avec Alcibiade : il avait passé
tout d’abord avec ses compagnons d’exil de Thurium
à Cyllène en Élide, sur un bâtiment de charge; de là
il était venu ensuite à Lacédémone, mandé par les Lacédémoniens eux-mêmes, mais sous garantie. Car il
les craignait à cause de la part qu’il avait prise aux
affaires de Manlinée. Dans l’assemblée des Lacédémoniens, il se trouva que les Corinthiens, les Syracusains
et Alcibiade s’accordèrent à faire les mêmes demandes : les éphores et les magistrats songeaient à envoyer
des députés aux Syracusains pour les empêcher d’entrer en accommodement avec Athènes; mais ils était
peu disposés à les secourir, lorsque Alcibiade, s’était
avancé, sut aiguillonner et piquer les Lacédémoniens
par ces paroles :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="89"><p>LXXXIX. « Il est indispensable que je vous parle
d’abord des préventions dont je suis l’objet, de peur
qu’un sentiment de défiance à mon égard ne vous dispose à écouter avec moins de faveur ce que je dirai
dans l’intérêt général. Mes ancêtres avaient, pour quel-
<pb n="v.2.p.174"/>
ques griefs, renoncé à la proxénie<note xml:lang="mul">Le proxène représentait et défendait auprès de ses concitoyens les intérêts d’une ville étrangère.</note> de Sparte, et c’est
moi qui l’ai reprise en servant vos intérêts dans plusieurs occasions et en particulier à propos du désastre
de Pylos. J’étais pour vous plein de zèle; et cependant,
quand vous vous êtes réconciliés avec les Athéniens
vous avez employé l’entremise de mes ennemis, et par
là augmenté leur pouvoir, en me faisant affront. J’étais
autorisé dès lors à me tourner du côté des Mantinéens
et des Argiens, et à travailler contre vous dans toutes
es circonstances où j’ai cherché à vous nuire. Si donc
quelqu’un a conçu contre moi, pour le mal que j’ai pu
vous faire alors, une irritation mal fondée, qu’il examine les choses à leur véritable point de vue, et il en
reviendra; si quelqu’un, d’un autre côté, a de moi une
opinion moins favorable, à cause de mes préférences
pour le parti populaire, il reconnaîtra que, sur ce point
encore, ses ressentiments ne sont pas légitimes. En effet de tout temps nous<note xml:lang="mul">C’est-à-dire notre famille.</note> avons été les adversaires des
tyrans; et comme tout ce qui est opposé au pouvoir
absolu s’appelle parti populaire, il en est résulté que
nous sommes toujours restés à la tête de la multitude.
D’ailleurs, le gouvernement d’Athènes étant démocratique, il y avait généralement nécessité de se régler sur
les faits existants. Néanmoins, nous cherchions, au milieu de la licence dominante, à nous distinguer par la
modération de notre conduite politique. C’étaient d’autres hommes qui, jadis comme aujourd’hui, poussaient
la multitude aux plus coupables excès; et ce sont
ceux-là qui m’ont exilé moi-même. Quant à nous, tout
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Le proxène représentait et défendait auprès de ses concitoyens les intérêts d’une ville étrangère.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">4 C’est-à-dire notre famille.</note>
<pb n="v.2.p.175"/>
le temps que nous avons été à la tête des affaires, nous
avons cru que la forme qui avait donné à notre ville
tant de puissance et de liberté, forme chez nous héréditaire, devait être conservée. Du reste, nous connaissions bien la démocratie, nous tous doués de quelque
intelligence, moi aussi bien que personne; et je pourrais au besoin faire le tableau de ses vices : mais on ne
saurait rien dire de nouveau sur une démence dont tout
le monde est d’accord. Et pourtant il ne nous paraissait pas sûr de la changer, quand vous étiez là, à nos
portes, les armes à la main.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="90"><p>XC. « Telle est la vérité sur les faits qui ont motivé
les préventions contre moi : j’arrive maintenant à l’objet spécial de votre délibération, afin de vous transmettre les renseignements particuliers que je puis
posséder : notre but, en faisant voile pour la Sicile,
était de soumettre, s’il était possible, les Siciliens d’abord; puis, après eux, les Italiens; et ensuite de faire
une tentative contre les peuples soumis aux Carthaginois et contre Carthage elle-même. Ces tentatives couronnées de succès, en tout ou du moins en grande partie, nous devions alors attaquer le Péloponnèse. Nous
y arrivions renforcés par tous les Grecs que nous eût
soumis la conquête, avec un grand nombre de barbares
mercenaires, des Ibères<note xml:lang="mul">Les Carthaginois avaient dans leurs armées de ces mercenaires ibériens. Hérodote (VII) parle d’un corps d’lbères qui faisait partie de l’armée d’invasion sous Gélon.</note> et d’autres barbares de ces
contrées, de ceux qui passent pour les plus braves.
Avec les nombreuses galères que nous eussions ajoutées aux nôtres, grâce aux bois que l’ltalie fournit en
abondance, nous aurions enveloppé et assiégé le Pélo-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Les Carthaginois avaient dans leurs armées de ces mercenaires ibériens. Hérodote (VII) parle d’un corps d’lbères qui faisait partie de l’armée d’invasion sous Gélon.</note>
<pb n="v.2.p.176"/>
ponnèse : en même temps notre infanterie faisait une
invasion par terre; prenant une partie des villes de
vive force, entourant les autres de murailles, nous espérions réduire aisément le pays, et ensuite étendre
notre domination sur le monde grec tout entier. Quant
à l’argent et aux vivres qui devaient faciliter l’accomplissement de nos desseins, nous en aurions tiré suffisamment des villes mêmes de Sicile ajoutées à notre
empire, sans compter nos revenus de la Grèce.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="91"><p>XCI. « Vous venez d’entendre, et de la bouche d’un
homme parfaitement informé, la vérité sur l’expédition de Sicile : tels étaient nos desseins, et les généraux
qui restent en poursuivront l’exécution, s’ils le peuvent. Maintenant, sachez bien que la Sicile ne pourra
tenir si vous n’y envoyez des secours. Sans doute les
Siciliens, tout inexpérimentés qu’ils sont, pourraient,
aujourd’hui encore, s’ils se réunissaient, avoir l’avantage; mais les Syracusains isolés, vaincus déjà' avec
toutes leurs forces dans un combat, bloqués en outre
par une flotte, seront incapables de tenir contre l’appareil militaire que les Athéniens ont maintenant en
Sicile. Et si cette seule ville est prise, toute la Sicile
suivra, bientôt même l’ltalie; et alors le danger dont
j’ai parlé tout à l’heure, comme devant venir de ce côté,
ne tardera pas à fondre sur vous.</p><p>Qu’on ne s’imagine donc pas délibérer seulement sur
la Sicile; le Péloponnèse aussi est en cause, si vous ne
prenez en toute hâte les mesures suivantes; embarquez pour la Sicile une armée dont les soldats, rameurs pendant la traversée, seront aussitôt transformés en hoplites. Envoyez-y aussi, pour commander,— cela me semble bien plus utile qu’une armée, —un
<pb n="v.2.p.177"/>
Spartiate qui discipline les troupes déjà formées, et
force au service ceux qui s’y refusent. Par là vous donnerez plus de confiance aux amis que vous avez déjà,
et ceux qui hésitent viendront plus hardiment à vous.
En même temps il faut faire ici une guerre plus déclarée, afin que les Syracusains, sachant que vous vous
intéressez à eux, fassent une plus vigoureuse résistance
et que les Athéniens soient moins en état d’envoyer
aux leurs d’autres secours. Il faut aussi fortifier Décélie<note xml:lang="mul">Décélie était sur la route de Béotie à Athènes, à cent vingt stades de cette dernière ville. Sa position élevée et sa situation sur la route de Béotie'en faisaient un point militaire important. Les Lacédémoniens Suivirent plus tard le conseil d’Alcibiade (Thuc. vii, 19), fortifièrent Décélie, et par là fermèrent la voie de terre aux convois de l’Eubée.</note> en Attique : c’est là l’éternelle appréhension des
Athéniens; c’est, dans leur pensée, le seul des maux de
la guerre qu’ils n’aient pas éprouvé. Or, le moyen le plus
sûr de nuire à ses ennemis est, quand on a le secret
de leurs craintes, de leur faire le mal qu’on sait qu’ils
redoutent le plus; car il est naturel que chacun sache
fort exactement ce qu’il a personnellement le plus à
craindre. Quant aux avantages que vous retirerez de
cette position fortifiée et à ceux dont vous priverez vos
ennemis, j’en passe bon nombre sous silence, pour signaler rapidement les principaux : presque tout ce qui
garnit le pays<note xml:lang="mul">Il faut entendre par là les produits de la terre, les instruments aratoires, les bêtes et les esclaves.</note> vous reviendra de gré ou de force; du
même coup vous enlèverez aux Athéniens les revenus
des mines d’argent de Lauriura et ceux qu’ils tirent
maintenant des terres<note xml:lang="mul">Du fermage des terres publiques.</note> et des tribunaux<note xml:lang="mul">Il est difficile de déterminer en quoi consistaient ces revenus des tribunaux et surtout comment la fortification de Décélie pouvait en tarir la source. Voici les suppositions auxquelles s’est livré à ce sujet ie scoliaste de Thucydide; « On s’est demandé comment la fortification de Décélie devait enlever aux Athéniens les revenus des tribunaux; ces revenus des tribunaux étaient le produit des accusations de vénalité, de sévices, de calomnie, d’adultère, de faux, de prévarication dans les ambassades, de désertion ... » Les Athéniens devaient être privés de ces revenus, si les ennemis, établis dans le pays, ne leur laissaient pas le loisir de se livrer aux procès; car la ville touchait le produit des amendes.</note>; mais par-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Décélie était sur la route de Béotie à Athènes, à cent vingt stades de cette dernière ville. Sa position élevée et sa situation sur la route de Béotie'en faisaient un point militaire important. Les Lacédémoniens Suivirent plus tard le conseil d’Alcibiade (Thuc. vii, 19), fortifièrent Décélie, et par là fermèrent la voie de terre aux convois de l’Eubée.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Il faut entendre par là les produits de la terre, les instruments aratoires, les bêtes et les esclaves.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Du fermage des terres publiques.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">4 Il est difficile de déterminer en quoi consistaient ces revenus des tribunaux et surtout comment la fortification de Décélie pouvait en tarir la source. Voici les suppositions auxquelles s’est livré à ce sujet ie scoliaste de Thucydide; « On s’est demandé comment la fortification de Décélie devait enlever aux Athéniens les revenus des tribunaux; ces revenus des tribunaux étaient le produit des accusations de vénalité, de sévices, de calomnie, d’adultère, de faux, de prévarication dans les ambassades, de désertion ... » Les Athéniens devaient être privés de ces revenus, si les ennemis, établis dans le pays, ne leur laissaient pas le loisir de se livrer aux procès; car la ville touchait le produit des amendes.</note>
<pb n="v.2.p.178"/>
dessus tout les tributs des alliés leur arriveront moins
abondants, parce que ceux-ci se négligeront lorsqu’ils
penseront que désormais vous poussez la guerre à outrance.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="92"><p>XCII. « Il ne tient qu’à vous, Lacédémoniens, avec
de la promptitude et plus de zèle, de réaliser une partie
de ce plan; car, quant à sa possibilité, j’ai toute confiance, et je ne crois pas me tromper. Mais, je vous en
prie, n’ayez pas de moi une opinion défavorable sur ce
que, dévoué autrefois, — on le sait, — à ma patrie, je
l'attaque maintenant à outrance avec ses ennemis les
plus déclarés; ne suspectez pas mes discours, comme
inspirés par les impatiences décevantes de l’exil : l’exil
m’a arraché à la perversité de ceux qui m’ont banni,
mais non à la défense de vos intérêts, si vous m’écoutez. D’ailleurs ceux qui ont le plus de droit à notre
haine ne sont pas ceux qui, comme vous, ont pu nous
traiter en ennemis quand nous l’étions réellement<note xml:lang="mul">C'est dire à mots couverts qu’il doit plus détester les Athéniens qui l’ont chassé, que les Lacédémoniens qui étaient dans leur rôle en cherchant autrefois à lui nuire.</note>,
mais bien ceux qui nous forcent à devenir ennemis, d’amis que nous étions. J’aime ma patrie, non pour y subir
l’injustice, mais pour y trouver protection et sécurité;
aussi ne crois-je pas marcher maintenant contre une pa-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 C'est dire à mots couverts qu’il doit plus détester les Athéniens qui l’ont chassé, que les Lacédémoniens qui étaient dans leur rôle en cherchant autrefois à lui nuire.</note>
<pb n="v.2.p.179"/>
trie qui soit mienne; je vais bien plutôt reconquérir
celle que je n’ai plus. Le vrai patriotisme ne consiste
point à ne pas attaquer une patrie qu’on vous a injustement ravie, mais à mettre tout en oeuvre, dans ses regrets, pour la retrouver. Je vous prie donc, Lacédémoniens, d’user de moi sans crainte et pour les périls et
pour les fatigues de tout genre. Rappelez-vous le proverbe qui est dans toutes les bouches, et sachez que si,
comme ennemi, je vous ai fait beaucoup de mal, je
saurai aussi, comme ami, vous rendre de bons services; d’autant mieux que je connais les affaires des
Athéniens, et que je ne pouvais que former des conjectures sur les vôtres<note xml:lang="mul">Quand je vous combattais.</note>. Quant à vous, persuadés que
vous délibérez sur les plus graves intérêts, faites,
sans balancer, l’expédition de Sicile et celle de l’Attique; par là vous sauvegarderez en Sicile, moyennant
quelques faibles secours, des intérêts importants; vous
anéantirez la puissance athénienne et dans le présent
et pour l’avenir; vous aurez conquis désormais la sécurité chez vous; et vous verrez la Grèce entière accepter
votre suprématie, non par contrainte, mais volontairement et par reconnaissance. »</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="93"><p>XCIII. Ainsi parla Alcibiade. Les Lacédémoniens
avaient déjà songé eux-mêmes à une expédition contre
Athènes, mais ils hésitaient encore et temporisaient.
Losqu’ils eurent entendu tous ces détails de la bouche
d’un homme qu’ils croyaient parfaitement renseigné,
ils se confirmèrent dans leurs desseins, et songèrent dès
lors à fortifier Décélie et à envoyer immédiatement
quelques secours en Sicile, Gylippos, fils de Cléandri-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Quand je vous combattais.</note>
<pb n="v.2.p.180"/>
das, fut désigné pour prendre le commandement des
Syracusains, avec mission de se concerter avec eux et
les Corinthiens pour faire parvenir à Syracuse les secours les plus efficaces et les plus prompts possibles
dans la circonstance. Gylippos demanda aux Corinthiens de lui expédier sur-le-champ deux vaisseaux à
Asiné, d’équiper tous ceux qu’ils avaient l’intention
d’envoyer, et de se tenir prêts à mettre à la voile quand
il en serait temps. Ces mesures arrêtées, les ambassadeurs quittèrent Lacédémone.</p><p>La trirème expédiée de Sicile par les généraux, pour
réclamer de l’argent et de la cavalerie, arriva à Athènes. Les Athéniens, sur cette demande, décrétèrent
l’envoi de subsistances et de cavalerie pour l’armée.
Avec l’hiver finit la dix-septième année de cette guerre
dont Thucydide a écrit l’histoire.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="94"><p>XCIV. L’été suivant, dès les premiers jours du printemps<note xml:lang="mul">Deuxième année de la quatre-vingt-onzième olympiade, 414 av. notre ère.</note>, les Athéniens qui étaient en Sicile firent
voile de Catane, et se dirigèrent, en côtoyant, vers Mégara de Sicile. — Les Syracusains en ont chassé les
habitants sous le tyran Gélon, ainsi que je l’ai dit plus
haut, et occupent eux-mêmes le pays. — Ils descendirent à terre, ravagèrent les champs, se présentèrent
devant un fort des Syracusains, et, n’ayant pu l’emporter, suivirent la côte par terre et par mer jusqu’au
fleuve Térias<note xml:lang="mul">Sur le territoire de Léontium, aujourd’hui Fiume de SantoLeonardo.</note>. Là ils remontèrent le fleuve, ravagèrent
la plaine et incendièrent les blés. Ayant rencontré un
parti peu nombreux de Syracusains, ils en tuèrent
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Deuxième année de la quatre-vingt-onzième olympiade, 414 av. notre ère.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Sur le territoire de Léontium, aujourd’hui Fiume de SantoLeonardo.</note>
<pb n="v.2.p.181"/>
quelques-uns, dressèrent un trophée et remontèrent
ensuite sur leurs vaisseaux. De là ils firent voile pour
Catane, et après s’y être ravitaillés, ils se portèrent
avec toutes leurs forces contre Centoripa<note xml:lang="mul">Cette ville, située à peu de distance de Catane, a joué un assez grand rôle dans l’histoiro de la Sicile; elle rendit d’utiles services aux Athéniens contre Syracuse. Détruite dans la guerre de Rome contre Garlhage, elle fut rebâtie par Auguste. Frédéric 11 la détruisit entièrement en 1233.</note>, place des
Sicèles, qui se rendit par composition. Ils se retirèrent
ensuite, tout en brûlant les moissons des Inesséens<note xml:lang="mul">Inessa était au pied de l’Etna, aujourd’hui S. Nicole dell’Arena.</note> et
des Hybléens. De retour à Catane, ils y trouvèrent deux
cent cinquante cavaliers anivant d’Athènes tout équipés, mais non montés; car on devait se procurer les
chevaux dans le pays. Ils y trouvèrent également trente
archers à cheval et trois cents talents.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="95"><p>XCV. Le même printemps, les Lacédémoniens firent
une expédition contre Argos et s’avancèrent jusqu’à
Cléones<note xml:lang="mul">Entre Argos etCorinthe, à quatre-vingts stades de cette dernière ville, suivant Strabon, et à cent vingt stades d’Argos.</note>. Mais un tremblement de terre survint, et ils
se retirèrent. Les Argiens envahirent à leur tour le
territoire de Thyrée, qui confine à l'Argolide, et firent
sur les Lacédémoniens un butin considérable dont ils
ne tirèrent pas moins de vingt-cinq talents. Le même
été, mais un peu plus tard, le peuple de Thespies s’insurgea contre les chefs du gouvernement, sans pouvoir
s’emparer de l’autorité : des secours arrivèrent de
Thèbes; une partie des mécontents furent arrêtés, et
les autres se réfugièrent à Athènes.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="96"><p>XCVI. Ce même été, les Syracusains, informés que
les Athéniens avaient reçu de la cavalerie et se dispo-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Cette ville, située à peu de distance de Catane, a joué un assez grand rôle dans l’histoiro de la Sicile; elle rendit d’utiles services aux Athéniens contre Syracuse. Détruite dans la guerre de Rome contre Garlhage, elle fut rebâtie par Auguste. Frédéric 11 la détruisit entièrement en 1233.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Inessa était au pied de l’Etna, aujourd’hui S. Nicole dell’Arena.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Entre Argos etCorinthe, à quatre-vingts stades de cette dernière ville, suivant Strabon, et à cent vingt stades d’Argos.</note>
<pb n="v.2.p.182"/>
saient à marcher contre eux, pensèrent que si l’ennemi
ne s’emparait pas d’Épipolæ, lieu escarpé et qui domine immédiatement la ville, il ne lui serait pas facile,
même en gagnant une bataille, de les enfermer dans
une circonvallation. Ils résolurent donc d’en garder
les passes afin que l’ennemi ne pût monter par là
à leur insu, ce qui était impossible d’un autre côté;
car partout ailleurs la colline est abrupte, et, du côté
de la ville, elle va s’abaissant jusqu’aux murs, de sorte
qu’on la découvre entièrement de l’intérieur. Les Syracusains l’ont surnommée Épipolæ, parce qu’elle domine
le reste du pays. Ils se rendirent donc en masse, au
point du jour, sur la prairie que baigne l’Anapos. Hermocrate et ses collègues venaient d’être investis du
commandement : ils firent une revue des troupes et
choisirent six cents hoplites d’élite commandés par
Diomilos, exilé d’Andros, pour garder Épipolæ, et servir
en même temps de réserve prête à se porter rapidement partout où besoin serait.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="97"><p>XCVII. Les Athéniens, de leur côté, faisaient, dès le·
malin du jour qui suivit cette même nuit<note xml:lang="mul">Thucydide n’a pas parlé de la nuit dans ce qui précède; mais l’idée se trouve implicitement comprise dans les mots άμα τη ήμερα, au point du jour.</note>, la revue de
leurs troupes : partis de Catane, ils avaient abordé secrètement avec toutes leurs forces au lieu nommé Léon, à
six ou sept stades d’Épipolæ. Les vaisseaux, après avoir
débarqué l’infanterie, avaient été mouiller à Thapsos.
C’est une presqu’île avancée dans la mer, avec un isthme
étroit, à peu de distance de Syracuse tant par mer que
par terre. L’armée navale des Athéniens, qui était à
Thapsos, palissada l’isthme et se tint ensuite en repos;
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Thucydide n’a pas parlé de la nuit dans ce qui précède; mais l’idée se trouve implicitement comprise dans les mots άμα τη ήμερα, au point du jour.</note>
<pb n="v.2.p.183"/>
l’armée de terre se porta en courant vers Épipolæ, et
eut le temps d’occuper les hauteurs d’Euryélos avant
que les Syracusains informés de leur arrivée pussent, de
la prairie où ils passaient leur revue, arriver au secours.
Chacun s’y porta de toute sa vitesse, entre autres les
six cents hommes de Diomilos. Mais la distance de la
prairie à l'ennemi n’était pas de moins de vingt-cinq
stades; aussi les Syracusains, attaquant ainsi en désordre, furent vaincus à Épipolæ et rentrèrent dans la
ville. Diomilos périt avec environ trois cents hommes.
Les Athéniens élevèrent un trophée, rendirent les
morts par convention et descendirent le lendemain jusqu’au pied des murs; maiscorameon ne sortit pas contre
eux, ils regagnèrent les hauteurs et bâtirent à Labdalos,
sur la crête des escarpements d’Épipolæ, un fort dont
le front regardait Mégara. Il devait leur servir de dépôt
pour le matériel et de trésor toutes les fois qu’ils se
rapprocheraient de la ville, soit pour combattre, soit
pour élever des retranchements.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="98"><p>XCVIII. Peu de temps après, il leur vint d’Égeste
trois cents cavaliers; les Sicèles, Naxos et quelques
autres villes en envoyèrent une centaine. Les Athéniens avaient eux-mêmes deux cent cinquante cavaliers
pour lesquels ils se procurèrent des chevaux à Égeste et
à Catane, ou à prix d’argent. Le tout réuni formait un
corps de six cent cinquante cavaliers. Après avoir mis
garnison à Labdalos, les Athéniens se dirigèrent vers
Syké<note xml:lang="mul">Ce retranchement circulaire devait être la base du mur de blocus qu’ils avaient l’intention de prolonger de part et d’autre vers le grand port et vers Thapsos. Le nom de Syké paraît être la forme dorienne du mot τύχη et désigner le temple de la Fortune, situé entre Labdalos et les murs de la ville.</note>, où ils s’établirent, et se mirent à élever en
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ce retranchement circulaire devait être la base du mur de blocus qu’ils avaient l’intention de prolonger de part et d’autre vers le grand port et vers Thapsos. Le nom de Syké paraît être la forme dorienne du mot τύχη et désigner le temple de la Fortune, situé entre Labdalos et les murs de la ville.</note>
<pb n="v.2.p.184"/>
toute hâte un retranchement circulaire. La célérité du
travail frappa de terreur les Syracusains; ils sortirent
avec l’intention de combattre et de s’y opposer : déjà
même les deux armées étaient en présence, lorsque les
généraux syracusains, voyant leurs troupes disséminées
et les rangs difficiles à former, les ramenèrent dans la
ville, à l’exception d’une partie des cavaliers. Ceux-ci
tinrent ferme et empêchèrent les Athéniens d’apporter
des pierres et de s’écarter au loin, jusqu’à ce qu’une
tribu<note xml:lang="mul">Chaque tribu fournissait un certain nombre d’hoplites; et, une fois en campagne, les corps fournis par les diverses tribus conservaient leur organisation distincte et ne se mélangeaient pas.</note> d’hoplites athéniens attaqua, de concert avec
toute la cavalerie, les cavaliers syracusains et les mit
en déroute. Les Athéniens en tuèrent quelques-uns et
dressèrent un trophée pour ce combat de cavalerie.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="99"><p>' XCIX. Le lendemain une partie des Athéniens continua à élever la partie nord du retranchement circulaire, tandis que les autres apportaient des pierres et
des bois et les déposaient en avançant toujours vers le
lieu nommé Trogilos<note xml:lang="mul">Trogilos ϋιait au nord de Syké, tous les travaux se faisaient donc sur une même ligne; les uns disposaient à l’avance les matériaux, tandis que les autres poursuivaient la construction de la muraille.</note>; car c’était la ligne la plus courte
pour mener leur mur de blocus du grand port à l’autre
mer<note xml:lang="mul">Syracuse occupant une espèce do presqu’île, le but des Athéniens, en conduisant un mur d’une mer à l’autre, était de l’isolcr du côté de la terre.</note>. Les Syracusains, guidés surtout par Hermocrates, l’un des généraux, renoncèrent à courir les risques de batailles générales contre les Athéniens; ils
pensèrent que le mieux était d’élever un contre-mur
coupant là ligne où les Athéniens devaient mener le
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Chaque tribu fournissait un certain nombre d’hoplites; et, une fois en campagne, les corps fournis par les diverses tribus conservaient leur organisation distincte et ne se mélangeaient pas.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Trogilos ϋιait au nord de Syké, tous les travaux se faisaient donc sur une même ligne; les uns disposaient à l’avance les matériaux, tandis que les autres poursuivaient la construction de la muraille.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Syracuse occupant une espèce do presqu’île, le but des Athéniens, en conduisant un mur d’une mer à l’autre, était de l’isolcr du côté de la terre.</note>
<pb n="v.2.p.185"/>
leur, afin de leur fermer le passage, en les devançant
s’il était possible. Si l’ennemi les troublait dans ce travail, ils enverraient contre lui une partie de leur armée,
le préviendraient en occupant les passages qu’ils fermeraient avec des pieux<note xml:lang="mul">Ces pieux étaient destinés à fermer les points les plus abordables de la ligne tfù dis devaient élever leur contro-mur, afin do faciliter le travail en tenant l’ennemi à distance.</note>, et le forceraient ainsi à
abandonner ses travaux pour se porter en masse contre eux. Ils firent donc une sortie et se mirent à construire au-dessous du retranchement circulaire des
Athéniens, et à partir de l’enceinte de la ville, une
muraille qui coupait leurs lignes<note xml:lang="mul">Et qui devait par conséquent les empêcher de continuer leur enceinte jusqu’à la mer. Letronne a fait remarquer avec raison que lo mot έγχάρσιον signifie ici perpendiculaire, et non transversal; le contre-mur, pour interrompre les travaux des Athéniens, devait être perpendiculaire, ou à peu près, à leur enceinte.</note>. Ils abattirent
les oliviers du Téménos<note xml:lang="mul">L’enccintc sacrée d’Apollon Téménitès.</note> et élevèrent des tours de
bois.</p><p>Les vaisseaux des Athéniens n’avaient pas encore
quitté Thapsos pour pénétrer dans le grand port en
doublant la presqu’île; les Syracusains restaient maîtres
de la mer et les Athéniens faisaient venir leurs vivres
de Thapsos par terre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:6" n="100"><p>C. Déjà les palissades et les constructions du contremur paraissaient aux Syracusains dans un état suffisant de défense. — Car les Athéniens, craignant, s’ils
se partageaient, de donner plus de prise à l’ennemi,
pressés d’ailleurs de terminer leur propre enceinte,
n’étaient pas venus mettre obstacle à ce travail. — Ils
laissèrent un corps de troupes à la garde des construc-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ces pieux étaient destinés à fermer les points les plus abordables de la ligne tfù dis devaient élever leur contro-mur, afin do faciliter le travail en tenant l’ennemi à distance.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Et qui devait par conséquent les empêcher de continuer leur enceinte jusqu’à la mer. Letronne a fait remarquer avec raison que lo mot έγχάρσιον signifie ici perpendiculaire, et non transversal; le contre-mur, pour interrompre les travaux des Athéniens, devait être perpendiculaire, ou à peu près, à leur enceinte.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 L’enccintc sacrée d’Apollon Téménitès.</note>
<pb n="v.2.p.186"/>
tions et rentrèrent dans la ville. Les Athéniens, de leur
côté, détruisirent les conduits souterrains qui amenaient de l’eau potable à la ville. Ayant observé que
la plupart des Syracusains<note xml:lang="mul">Ceux qui gardaient le nouveau mur.</note> restaient dans leurs tentes
vers midi, que quelques-uns même rentraient dans la
ville, et que ceux qui étaient laissés aux palissades les gardaient négligemment, ils firent choix de trois cents
hommes d’élite et de quelques troupes légères et bien
armées, et leur ordonnèrent de courir subitement au contremur. Le reste de l’armée se partagea en deux corps,
sous la conduite des deux généraux : l’un se porta
vers la ville, en prévision des secours qui pourraient en
sortir, l’autre aux palissades qui étaient près de la
petite porte<note xml:lang="mul">Cette petite porte devait être une porte pratiquée dans le mur du Téménite pour aller à Épipolæ. La palissade dont il s’agit ici, distincte de celle qu’attaquaient les trois cents, devait servir de défense à la petite porte.</note>. Les trois cents attaquèrent et enlevèrent
les palissades; ceux qui les gardaient les abandonnèrent et s’enfuirent dans l’enceinte avancée duTéménitès<note xml:lang="mul">Thucydide a dit plus haut que les Syracusains avaient joint le Téménitès à la ville pur une enceinte qui Tonnait comme un ouvrage avancé. x</note>. Ceux qui les poursuivaient s’y jetèrent avec eux;
mais, après y avoir pénétré, ils en furent repoussés de
vive force par les Syracusains. Quelques Argiens et un
petit nombre d’Athéniens y périrent. L’armée entière,
à son retour, se mit à détruire le contre-mur, arracha
les palissades, emporta les pieux et dressa un trophée.</p></div></div></div></body></text></TEI>
                </passage>
            </reply>
            </GetPassage>