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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text><body><div type="translation" xml:lang="fre" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2" n="5"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="81"><p>LXXXI. Les Argiens une fois détachés de l'alliance<note xml:lang="mul">De l’alliance athénienne.</note>,
les Mantinéens, après avoir tenté d’abord de résister,
sentirent qu’ils ne pouvaient rien sans Argos; ils traitèrent donc à leur tour avec les Lacédémoniens, et
renoncèrent à’ la suprématie des villes<note xml:lang="mul">Ils firent avec les Lacédémonicns une trêve de, trente ans (Xénophon, Helléniques, v, 2). Les villes dont il est ici question sont les petites villes d’Arcadie, objet de la guerre.</note>.</p><p>Les Lacédémoniens et les Argiens mirent chacun de
leur côté mille hommes sur pied pour une expédition
commune : d’abord les Lacédémoniens allèrent seuls à
Sicyone, où ils établirent un gouvernement plus oligarchique; réunis ensuite aux Argiens, ils abolirent
de concert la démocratie à Argos, et y établirent l’oligarchie, plus favorable aux intérêts deLacédémone. Ces
événements eurent lieu aux approches du printemps,
vers la fin de l’hiver. Ici se termine la quatorzième
année de la guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="82"><p>LXXXII. L’été suivant, les Diens du mont Athos
rompirent avec Athènes pour passer aux ChaJcidiens.
Les Lacédémoniens établirent dans l’Achaïe un ordre
plus favorable à leurs vues.</p><p>Le parti populaire à Argos se ligua peu à peu, reprit courage et attaqua les partisans de l’oligarchie. Il
attendit pour cela le moment où les gymnopédies<note xml:lang="mul">Fêtes de la jeunesse, dans lesquelles des enfants formaient des choeurs en l’honneur d’Apollon; on y chantait aussi des hymnes à la gloire des guerriers morts dans les combats. Elles se tenaient au milieu de l’été.</note> se
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 De l’alliance athénienne.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">8 Ils firent avec les Lacédémonicns une trêve de, trente ans (Xénophon, Helléniques, v, 2). Les villes dont il est ici question sont les petites villes d’Arcadie, objet de la guerre.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">8 Fêtes de la jeunesse, dans lesquelles des enfants formaient des choeurs en l’honneur d’Apollon; on y chantait aussi des hymnes à la gloire des guerriers morts dans les combats. Elles se tenaient au milieu de l’été.</note>
<pb n="v.2.p.78"/>
célèbrent à Lacédémone; un combat s’étant engagé
dans la ville, le peuple fut vainqueur, tua une partie
de ses adversaires et exila les autres. Les Lacédémoniens, tant qu’ils avaient vu leurs amis aux affaires, ne
s’étaient pas empressés de répondre à l’appel qui leur
était fait depuis longtemps; mais alors<note xml:lang="mul">Lorsqu’on apprit que la lutte était engagée.</note> ils ajournèrent
les gymnopédies et marchèrent à leur secours. Arrivés à Tégée, ils apprirent la défaite de l’oligarchie, et
refusèrent d’aller plus loin, malgré les prières des bannis<note xml:lang="mul">Les bannis d’Argos.</note>. Ils retournèrent chez eux, et reprirent la célébration des fêtes; il leur vint ensuite des députés envoyés
par les Argiens de la ville et par ceux du dehors pour
exposer leurs griefs réciproques<note xml:lang="mul">Je rends ainsi le mot αγγέλων, qu’on a généralement omis de traduire, faute d’en comprendre la valeur.</note>. Les alliés étaient
présents : après de nombreux débats de part et d’autre,
les Lacédémoniens donnèrent tort à ceux de la ville, et
résolurent de marcher contre Argos; mais il y eut encore bien des retards et des temporisations. Pendant
ce temps, le peuple d’Argos, dans la crainte des Lacédémoniens et en vue de l’alliance athénienne qu’il travaillait à renouer, et dont il se promettait de grands
avantages, construisit de longs murs jusqu’à la mer;
il voulait par là, s’il était bloqué du côté de terre, se
ménager, avec le concours des Athéniens, la ressource
des arrivages par mer. Cetle construction des murs se
faisait de connivence avec quelques villes du Péloponnèse : les Argiens y travaillèrent en masse, eux, leurs
femmes et leurs serviteurs; Athènes leur envoya des
maçons et des tailleurs de pierre. L’été finit.</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 Lorsqu’on apprit que la lutte était engagée.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">* Les bannis d’Argos.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">3 Je rends ainsi le mot αγγέλων, qu’on a généralement omis de traduire, faute d’en comprendre la valeur.</note><pb n="v.2.p.79"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="83"><p>LXXXIII. L’hiver suivant<note xml:lang="mul">Olympiade quatre-vingt-dixième, quatrième année, 417 avant l’ère vulgaire.</note>, les Lacédémoniens, informés de la construction des murs, marchèrent contre
Argos avec leurs alliés, les Corinthiens exceptés; alors
encore ils avaient dans Argos même quelques intelligences. Agis, fils d’Archidamos, roi des Lacédémoniens,
commandait l’expédition. Mais le succès qu’ils attendaient de leurs intelligences dans la ville leur fit encore
défaut; ils s’emparèrent des murs en construction et
les rasèrent; ils prirent aussi Hysies<note xml:lang="mul">Petite place au sud d’Argos, à trois ou quatre lieues de cette ville.</note>, place del’Argie,
où ils tuèrent tous les hommes libres qui leur tombèrent entre les mains; puis ils opérèrent leur retraite
et se séparèrent.</p><p>Les Argiens, à leur tour, envahirent le territoire de
Phlionte et ne se retirèrent qu’après l’avoir ravagé,
parce qu’on y avait reçu leurs bannis; c’était là en
effet que la plupart d’entre eux s’étaient établis. Le
même hiver les Athéniens bloquèrent les côtes de Macédoine; ils reprochaient à Perdiccas d’être entré dans
la ligue de Lacédémone et d’Argos, et d’avoir, — à l’époque où ils préparèrent une expédition contre les
Chalcidiens de l’Épithrace et contre Amphipolis, sous
la conduite de Nicias, fils de Nicostrate, — violé le
contrat mutuel, et amené par son abstention la dissolution de leur armée. Ils le traitèrent donc en ennemi.
L’hiver finit, et avec lui la quinzième année de la
guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="84"><p>LXXXIV. L’été suivant, Alcibiade fit voile pour Argos
avec vingt vaisseaux, et enlèva trois cents des habitants
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Olympiade quatre-vingt-dixième, quatrième année, 417 avant l’ère vulgaire.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Petite place au sud d’Argos, à trois ou quatre lieues de cette ville.</note>
<pb n="v.2.p.80"/>
qui passaient encore pour suspects et favorables aux
Lacédémoniens. Les Athéniens les déposèrent dans les
île s du voisinage qui leur étaient soumises. Ils firent
aussi une expédition contre Mélos<note xml:lang="mul">L’une dea Cyclades.</note>, avec trentè vaisseaux athéniens, six de Chio et deux de Lesbos. Ils
-avaient douze cents hoplites athéniens, trois cents
archers, et vingt archers à cheval, sans compter au
moins quinze cents hoplites fournis par leurs alliés et
les insulaires. Les Méliens, qui sont une colonie lacé-
-démonienne, se refusaient à subir, comme les autres
insulaires, la domination d’Athènes; au commencement ils gardèrent la neutralité, et se tinrent en repos;
mais ensuite, forcés par les ravages que les Athéniens
exerçaient sur leur pays, ils en vinrent à une guerre
ouverte. Les généraux athéniens,. Cléomèdes, fils de
Lycomèdes, et Tisias, fils de Tisimachos, campèrent
avec cette armée sur le territoire de Mélos; mais
avant d’y exercer aucun ravage, ils envoyèrent des députés pour conférer. Les Méliens, au lieu de les introduire devant le peuple, les invitèrent à exposer l’objet
de leur mission devant les magistrats et les principaux citoyens. Les ambassadeurs athéniens parlèrent
ainsi :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="85"><p>LXXXV. Les Athéniens. « Si l’on nous interdit de
parler devant le peuple, c’est sans doute de peur que
l’attrait d’un discours suivi, prononcé sans interruption, sans le contre-poids d’aucune réfutation, ne séduise la multitude. — Car nous sentons bien que c’est
dans cette crainte que vous ne nous admettez à parler
que devant les principaux citoyens. — Mais alors, vous
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 L’une dea Cyclades.</note>
<pb n="v.2.p.81"/>
qui siégez ici, prenez encore mieux vos sûretés : au lieu
de nous faire vous-mêmes une réponse unique, prenez
chaque point isolément, réfutez sur-le-champ tout cé
qui dans nos observations ne vous paraîtra pas fondé,
et décidez ensuite. Et d’abord, dîtes-nous si cette proposition vous convient. » Le conseil des Méliens répondit :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="86"><p>LXXXVI. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « On ne peut qu’approuver
cette façon courtoise de s’éclairer mutuellement; mais
les actes, les hostilités, non point imminentes, mais
déjà commencées, ne semblent guère d'accord avec ces
procédés; car nous voyons bien qu’en venant ici vous
vous érigez juges de ce qui va se dire, et que dès lors
il ne peut sortir pour nous de cette conférence que la
guerre, si, forts de l’évidence de notre droit, nous refusons de céder, ou la servitude si nous nous rendons
à vos raisons.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="87"><p>LXXXVII. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « Si vous êtes assemblés
pour raisonner sur vos défiances de l’avenir; si vous
n’avez pas pour but unique d’aviser au salut de votre
ville, en partant du présent, de ce qui est sous vos
yeux, nous n’insisterons pas; mais si telle est au contraire votre intention, nous parlerons.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="88"><p>LXXXVIII. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Il est naturel et pardonnable, dans une telle situation, de laisser la parole et
la pensée tenter toutes les voies; mais, puisque l’objet
de cette conférence est de pourvoir à notre salut, que la
discussion ait lieu, s’il vous convient, suivant le mode
que vous avez proposé.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="89"><p>LXXXIX. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. Nous laisserons donc de
côté, pour notre compte, les belles paroles; nous ne
vous prouverons pas, par de longs discours qui ne con-
<pb n="v.2.p.82"/>
vaincraient personne, que, vainqueurs des Mèdes, l’empire nous est justement acquis, ou que c’est pour
venger de justes griefs que nous vous attaquons aujourd’hui; mais, par contre, nous ne voulons pas que vous
vous figuriez nous convaincre en prétextant que c’est
comme colons de Lacédémone que vous avez refusé de
marcher avec nous, ou bien encore que vous ne nous
avez fait aucun tort. Il faut s’en tenir à poursuivre ce
qui est possible, étant donné pour base un principe
sur lequel nous pensons de même, et n’avons rien à
nous apprendre mutuellement : c’est que, dans les
affaires humaines, on se soumet aux règles delà justice
quand on y est contraint par une mutuelle nécessité,
mais que, pour les forts, le pouvoir est la seule règle,
et pour les faibles la soumission.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="90"><p>XC. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Eh bien, au point de vue de
l’utilité (il faut bien partir de là, puisque vous nous
provoquez à laisser le juste à l’écart, pour parler intérêt), vous auriez tort, à notre avis, de mettre de côté
l’intérêt général<note xml:lang="mul">C’est-à-dire, vous auriez tort, dans votre intérêt même, de ne tenir aucun compte de l'intérêt d’autrui.</note>; il est bon, au contraire, d’accorder
toujours à qui est dans une situation critique ce qui
est juste et convenable, de le laisser même demander
à la persuasion quelques avantages au delà du droit
strict et rigoureux. Vous y êtes intéressés plus que personne, d’autant mieux que par des châtiments excessifs vous fourniriez aux autres un précédent, si vous
veniez à éprouver quelque échec.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="91"><p>XCI. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « La fin de notre domination,
si elle doit finir, nous laisse sans inquiétudes; car ce
ne sont pas les peuples habitués à la domination, comme
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 C’est-à-dire, vous auriez tort, dans votre intérêt même, de ne tenir aucun compte de l'intérêt d’autrui.</note>
<pb n="v.2.p.83"/>
les Lacédémoniens, qui traitent durement les vaincus;
— et d’ailleurs nous n’avons pas affaire aux Lacédémoniens : — ce sont au contraire les peuples soumis,
lorsqu’ils attaquent leurs anciens maîtres et prennent
sur eux l’avantage. Mais laissons de côté ces chances
qui nous regardent : nous voulons établir que c’est l’intérêt de notre domination qui nous amène ici, et que
nos propositions tendent au salut de votre ville; car
notre but est de vous tenir sous notre puissance sans
qu’il nous en coûte de peine, et de vous conserver pour
votre avantage et pour le nôtre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="92"><p>XCII. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Et comment donc aurionsnous à la servitude le même intérêt que vous à la domination?</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="93"><p>XCIII. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « C’est que vous vous soumettriez alors sans passer par les plus dures extrémités;
et, de notre côté, nous aurions avantage à ne pas vous
exterminer.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="94"><p>XCIV. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Ainsi la proposition de nous
tenir en repos, d’être vos amis et de rester neutres, ne
serait pas acceptée?</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="95"><p>XCV. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « Non; mieux vaudrait pour
nous votre haine : car l’amitié passerait pour faiblesse;
la haine deviendra un témoignage de notre puissance<note xml:lang="mul">Elle nous permettra de faire sur vous un exemple.</note>
aux yeux de nos sujets.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="96"><p>XCVI L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Vos sujets ont-ils donc assez
peu de sens droit pour mettre sur la même ligne des
peuples qui ne vous tiennent par aucun lien et ceux
qui ont été soumis par vous, soit comme colons athéniens, — c’est le plus grand nombre, — soit après défection?</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 Elle nous permettra de faire sur vous un exemple.</note><pb n="v.2.p.84"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="97"><p>XCVII L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « Ils pensent que le droit ne
manque ni aux uns ni aux autres<note xml:lang="mul">Ni aux peuples soumis, ni à ceux qui sont restés indépendants.</note>, et que si ceux-là<note xml:lang="mul">Ceux qui ne nous tiennent par aucun lien.</note>
sont restés indépendants, c’est grâce à leur puissance,
la crainte nous empêchant de les attaquer. Votre soumission, outre qu’elle accroîtra le. nombre de nos sujets, sera donc pour nous une nouvelle cause de sécurité<note xml:lang="mul">Car la vue d’un peuple libre peut devenir une tentation pour nos sujets.</note>; d’ailleurs votre condition d’insulaires en face
d’une puissance maritime prépondérante, et votre faiblesse relative<note xml:lang="mul">L’exemple serait d’autant plus pernicieux qu’il partirait d’un peuple faible. ·</note>, nous permettent d’autant moins de
vous laisser cette indépendance.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="98"><p>XCVIII. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Mais croyez-vous que l’autre
politique<note xml:lang="mul">Celle qui respecterait l’indépendance des peuples neutres.</note> ne contribuerait pas plus à votre sécurité?
— Car il faut bien que nous partions de là<note xml:lang="mul">C’cst-à dire de votre intérêt, de votre sécurité.</note>, puisque
vous nous jetez en dehors des principes de justice, pour
nous amener à vous suivre sur le terrain de votre intérêt; il faut que, nous aussi, si notre intérêt se trouve
d’accord avec le vôtre, nous nous efforcions de vous le
démontrer. — Comment sera-t-il donc possible que
vous n’ayez pas pour ennemis tous les peuples neutres
aujourd’hui, lorsque, tournant Jes yeux vers nous, ils
penseront qu’un jour viendra où vous les attaquerez
aussi à leur tour? Que faites-vous autre chose par là
que de grandir vos ennemis actuels, et de tourner
contre vous, en dépit d’eux-mêmes, ceux qui n’avaient
aucune intention hostile?</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 Ni aux peuples soumis, ni à ceux qui sont restés indépendants.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">2 Ceux qui ne nous tiennent par aucun lien.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">3 Car la vue d’un peuple libre peut devenir une tentation pour nos sujets.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">4 L’exemple serait d’autant plus pernicieux qu’il partirait d’un peuple faible. ·</note><note xml:lang="fre" type="footnote">5 Celle qui respecterait l’indépendance des peuples neutres.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">6 C’cst-à dire de votre intérêt, de votre sécurité.</note><pb n="v.2.p.85"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="99"><p>XCIX. L<hi rend="smallcap">es</hi> A<hi rend="smallcap">théniens</hi>. « Nullement! car ceux dont
nous croyons avoir le plus à craindre ne sont pas les
peuples continentaux, qui, forts de leur indépendance,
tarderont longtemps à se mettre en garde contre nous;
— ce sont, au contraire, les insulaires insoumis comme
vous, et ceux qui, déjà domptés, sont aigris contre la
nécessité qui les tient asservis; car ceux-là, n’obéissant
d’ordinaire qu’à un fol emportement, sont toujours prêts
à se précipiter dans des dangers évidents, et à nous y
entraîner avec eux.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="100"><p>C. L<hi rend="smallcap">es</hi> M<hi rend="smallcap">éliens</hi>. « Mais si tant de dangers sont bravés par vous pour maintenir votre domination, par
ceux que vous avez déjà asservis, pour s’y soustraire,
quelle faiblesse et quelle lâcheté à nous, qui sommes
encore libres, de ne pas tout tenter avant de subir l’esclavage·!</p></div></div></div></body></text></TEI>
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