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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text><body><div type="translation" xml:lang="fre" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2" n="5"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="41"><p>XLI. Les députés, à leur arrivée, entrèrent en conférences avec les Lacédémoniens sur les bases du traité :
tout d’abord ils demandèrent qu’on remît à l’arbitrage
soit d’une ville, soit d’un particulier, leur éternel différend au sujet de la Cynurie, pays limitrophe entre
eux (elle renferme les villes de Thyréa et d'Anthéné, et
est au pouvoir des Lacédémoniens). Les Lacédémoniens ne voulurent même pas qu’il fût fait mention de
cette contrée; mais ils se déclarèrent prêts à traiter sur
les anciennes bases, si les Argiens le voulaient. Cependant les ambassadeurs les amenèrent aux conditions
suivantes; il y aurait pour le présent une trêve de cinquante ans; mais chacune des deux parties pourrait,
après déclaration préalable, et sauf le cas de peste ou
de guerre, soit à Lacédémone, soit à Argos, prendre
les armes pour la possession de cette contrée, comme
cela avait eu lieu autrefois lorsque de part et d’autre
on s’était attribué la victoire; la poursuite ne pourrait
<pb n="v.2.p.41"/>
avoir lieu au delà des frontières d’Argos et de Lacédémone. Ces propositions parurent d’abord insensées aux
Lacédémoniens; mais ensuite le désir de se concilier à
tout prix l’amitié des Argiens leur fit donner les mains
à ce qu’on demandait, et le traité fut rédigé; toutefois
les Lacédémoniens exigèrent, avant qu’il devînt définitif, que les députés retournassent à Argos le présenter
au peuple; s’il était approuvé, ils devaient revenir aux
fêtes d’Hyacinthe pour l’échange des serments. Les ambassadeurs se retirèrent.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="42"><p>XLII. Pendant ces négociations des Àrgiens, les ambassadeurs lacédémoniens Andromèdes, Phédimos et
Antiménidas, chargés de recevoir Panacton et les prisonniers des mains des Béotiens pour les remettre aux
Athéniens, trouvèrent Panacton rasée par les Béotiens. Ceux-ci prétextaient qu’à la suite de différends
au sujet de cette même place, il avait autrefois été
convenu, sous la foi du serment, entre les Athéniens
et les Béotiens, que ni les uns ni les autres ne la posséderaient exclusivement et qu’ils en jouiraient en
commun. Quant aux prisonniers athéniens au pouvoir
des Béotiens, remise en fut faite à Andromèdes et à ses
collègues, qui les conduisirent à Athènes et les rendirent. Ils annoncèrent aux Athéniens que Panacton
était rasée, et prétendirent que cela équivalait à la remise de la place, puisqu’il n’y logerait plus aucun
ennemi d’Athènes. A ces paroles, les Athéniens firent
éclater leur indignation : ils faisaient un crime aux
Lacédémoniens de la destruction de Panacton, qui devait leur être remise en bon état; ils avaient appris
en outre leur alliance particulière avec les Béotiens,
contrairement à l’engagement qu’ils avaient pris anté-
<pb n="v.2.p.42"/>
rieurement de contraindre de concert ceux qui n’accepteraient pas le traité; enfin ils se remémoraient
toutes les stipulations dont l’exécution se faisait encore attendre, et se croyaient joués. Aussi répondirentils durement aux ambassadeurs, et ils les congédièrent.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="43"><p>XLIII. Au milieu de ces contestations entre les Lacédémoniens et les Athéniens, ceux qui, à Athènes,
voulaient aussi la rupture du traité, se mirent aussitôt
à l’oeuvre avec ardeur; c’était, entre autres, Alcibiade,
fils de Clinias, qui, à cette époque, n’eût encore été
qu’un jeune homme dans toute autre ville<note xml:lang="mul">11 avait environ trente ans. Dans la plupart des États delà Grèce, en particulier chez les Achéens et les Lacédétnoniens, on n’avait droit de suffrage qu’à trente ans.</note>, mais à qui
l’illustration de ses ancêtres<note xml:lang="mul">Son aïeul Alcibiade avait contribué avec Clisthènes à l’expulsion des Pisistratides; son père Clinias avait obtenu le prix de la aleur à Artémisium et était mort à Goronée.</note> avait valu une grande
considération. Il pensait, sans doute, que le mieux était
de s’unir aux Argiens; mais, en dehors même de ce
motif, les révoltes de l'orgueil blessé l’avaient rendu
hostile aux Lacédémoniens : ceux-ci, en effet, avaient
conclu la trêve à la considération de Nicias et de Lâchés, sans tenir aucun compte de lui, à cause de sa
jeunesse; ils ne lui avaient pas témoigné les égards que
commandait le titre de proxène des Lacédémoniens,
depuis longtemps dans sa famille. Son aïeul, il est vrai,
y avait renoncé; mais Alcibiade avait espéré le faire
revivre par ses attentions pour les prisonniers de l’île.
Croyant qu'on lui avait manqué à tous égards, il avait
dès l’origine manifesté son opposition, en disant que
les Lacédémoniens n’étaient pas sûrs, qu’ils ne trai-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 11 avait environ trente ans. Dans la plupart des États delà Grèce, en particulier chez les Achéens et les Lacédétnoniens, on n’avait droit de suffrage qu’à trente ans.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Son aïeul Alcibiade avait contribué avec Clisthènes à l’expulsion des Pisistratides; son père Clinias avait obtenu le prix de la aleur à Artémisium et était mort à Goronée.</note>
<pb n="v.2.p.43"/>
taient que pour, écraser les Argiens, à la faveur de
cette alliance, et pour attaquer ensuite les Athéniens
isolés. Puis, une fois ce démêlé engagé, il s’empressa
d’envoyer, en son propre nom, des émissaires aux Argiens, pour les engager à venir en toute hâte, avec les
Mantinéens et les Éléens, réclamer l’alliance. Le moment était opportun, disait-il, et il leur apporterait un
énergique concours.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="44"><p>XLIV. Sur cet avis, les Argiens, informés d'ailleurs
que l’alliance avec les Béotiens avait eu lieu sans la
participation des Athéniens, que, tout au contraire,
de graves contestations s’étaient élevées entre eux et
les Lacédémoniens, ne s’inquiétèrent plus des ambassadeurs qu’ils avaient envoyés négocier un accommodement à Lacédémone. Ils aimaient mieux tourner leurs
pensées du côté des Athéniens, par cette considération
que, s’ils avaient à faire la guerre, ils seraient soutenus
par une ville avec laquelle ils avaient d’anciennes
relations d’amitié, constituée comme eux en démocratie et disposant d’une grande puissance maritime. Ils
envoyèrent donc sur-le-champ des députés à Athènes
pour négocier une alliance; les Éléens et les Mantinéens se joignirent à cette ambassade. Les Lacédémoniens s’empressèrent également d’envoyer aux Athéniens des ambassadeurs qu’ils croyaient devoir leur
être agréables, Philocaridas, Léon et Endios; car ils
craignaient que les Athéniens irrités ne contractassent
alliance avec les Argiens. Ils voulaient aussi réclamer la
restitution de Pylos, en échange de Panacton, et démontrer que leur alliance avec les Béotiens ne couvrait
aucun mauvais dessein contre Athènes.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="45"><p>XLV. Quand ils eurent exposé ces divers objets de
<pb n="v.2.p.44"/>
leur mission dans le sénat, et déclaré qu’ils venaient
munis de pleins pouvoirs pour régler toutes les difficultés, Alcibiade craignit qu’en renouvelant les mêmes
déclarations devant le peuple, ils n’entraînassent la
multitude et ne fissent rejeter l’alliance d’Argos. Voici
le piège qu’il leur tendit : il leur persuade, en leur donnant des assurances positives, que, s’ils ne déclarent
pas devant le peuple qu’ils sont munis de pleins pouvoirs, il leur fera rendre Pylos; qu’il y décidera les
Athéniens, tout aussi bien qu’il les en détourne maintenant, et qu’il arrangera tout le reste. Il voulait, par là,
les détacher de Nicias; en même temps il espérait, en
les décriant auprès du peuple, comme n’ayant que fausseté dans l'esprit, que duplicité dans le langage, obtenir
par ce moyen l’alliance d’Athènes pour les Argiens, les
Éléens et les Mantinéens; ce fut ce qui arriva. Lorsque
les ambassadeurs parurent devant le peuple, et qu’aux
questions qu’on leur fit ils ne répondirent plus, comme
au sénat, qu’ils avaient de pleins pouvoirs, les Athéniens ne se continrent plus. Alcibiade alors attaqua
les Lacédémoniens avec bien plus de force encore qu’auparavant, et se fit écouter avec faveur; déjà on se disposait à introduire immédiatement les Argiens et les
autres ambassadeurs, pour contracter alliance, lorsqu’un tremblement de terre, survenu avant qu’il y eût
rien d’arrêté<note xml:lang="mul">Si le tremblement de terre survenait au milieu d’une action déjà commencée, c’était au contraire un signe favorable.</note>, fit ajourner l’assemblée.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="46"><p>XLVI. A l’assemblée suivante, Nicias, — tout abusé
qu’il était par la déclaration des Lacédémoniens, qui
s’étaient laissé abuser eux-mêmes jusqu’à nier leurs
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Si le tremblement de terre survenait au milieu d’une action déjà commencée, c’était au contraire un signe favorable.</note>
<pb n="v.2.p.45"/>
pleins pouvoirs,—n’en prétendit pas moins que l’amitié
des Lacédémoniens devait être préférée; qu’il fallait
suspendre les négociations avec Argos, et députer de
nouveau à Lacédémone, pour savoir ce qu’on y pensait.
Il disait qu’Athènes étant dans une situation glorieuse,
et Lacédémone humiliée, il convenait de différer la
guerre; que le mieux pour les Athéniens, dans l’état
prospère où se trouvaient leurs affaires, était de conserver leur bonheur le plus longtemps possible; tandis
que, pour les Lacédémoniens qui étaient malheureux,
c’était une bonne fortune que de courir au plus tôt les
hasards. Il obtint qu’on enverrait une députation, dont
il fit partie, pour enjoindre aux Lacédémoniens, si
leurs intentions étaient droites, de rendre Panacton
en bon état, ainsi qu’Amphipolis, et de renoncer à l’alliance des Béotiens,— à moins que ceux-ci n’accédassent au traité, — conformément à la clause qui ne
permettait pas de contracter les uns sans les autres.
Les ambassadeurs avaient ordre d’ajouter que les Athéniens auraient pu déjà, eux aussi, s’ils avaient voulu
manquer à leur parole, admettre à leur alliance les
Argiens; car ceux-ci étaient à Athènes dans ce but.
Enfin on donna à Nicias et à ses collègues des instructions sur tous les autres griefs, et on les fit partir.</p><p>A leur arrivée, ils firent connaître les divers objets
de leur mission, et finirent par déclarer que, si les Lacédémoniens ne renonçaient pas à l’alliance des Béotiens, dans le cas où ceux-ci. n’accéderaient pas au
traité, Athènes, de son côté, ferait alliance avec les
Argiens et leurs amis. Les Lacédémoniens répondirent
qu’ils ne renonceraient pas à l’alliance des Béotiens :
cette décision fut emportée par l’influence de l’éphore
<pb n="v.2.p.46"/>
Xénarès et de ceux qui partageaient son opinion. Cependant on renouvela les serments, à la demande de
Nicias. Il craignait de partir sans avoir absolument
rien fait, et d’être en butte aux récriminations, ce qui
arriva en effet, d’autant plus qu’il passait pour l’auteur
du traité. A son retour, les Athéniens, apprenant qu’il
n’avait rien obtenu à Lacédémone, s'irritèrent; et tout
aussitôt, se croyant lésés, ils conclurent avec les Argiens et leurs alliés, qui se trouvaient présents et
qu’Alcibiade introduisit, un traité de pâix et d’alliance
dont voici la teneur :</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="47"><p>XLVII. « Un traité de paix de cent années est conclu
entre les Athéniens, les Argiens, les Mantinéens et les
Éléens, tant pour eux que pour les alliés auxquels ils
commandent respectivement, sans dol ni dommage,
sur terre et sur mer.</p><p>« Il est interdit de porter les armes en vue de nuire :
aux Argiens, aux Éléens, aux Mantinéens et à leurs
alliés, contre les Athéniens et les alliés soumis à la
domination athénienne; aux Athéniens et à leurs alliés, contre les Argiens, les Éléens, les Mantinéens et
leurs alliés, de quelque façon et sous quelque prétexte
que ce soit.</p><p>« A cette condition, les Athéniens, les Argiens, les
Éléens et les Mantinéens seront alliés pendant cent ans.
Si quelque ennemi envahit le territoire des Athéniens,
les Argiens, les Éléens et les Mantinéens viendront au
secours d’Athènes, sur l’invitation des Athéniens, autant que faire se pourra et par les moyens les plus
efficaces en leur pouvoir. S’il se retire après avoir ravagé le pays, il sera considéré comme ennemi d’Argos,
de Mantinée, d’Élée et d’Athènes; toutes ces villes lui
<pb n="v.2.p.47"/>
feront la guerre, et aucune d’elles ne pourra se retirer
de la lutte sans le consentement unanime de toutes.</p><p>« Si quelque ennemi envahit le territoire des Éléens,
des Manlinéens ou des Argiens, les Athéniens viendront au secours d’Argos, de Mantinée et d’Élée, sur la
réclamation de ces villes, autant que faire se pourra
et par les moyens les plus efficaces en leur pouvoir. S’il
se retire après avoir ravagé le pays, il sera considéré
comme ennemi des Athéniens, des Argiens, des Mantinéens et des Éléens; tous ensemble lui feront la guerre,
et aucun d’eux ne pourra se retirer de la lutte sans le
consentement unanime de tous.</p><p>« Ils s’engagent à interdire à toutes troupes armées
en guerre le passage sur leur territoire et sur celui des
alliés soumis à leur domination, ainsi que la traversée
par mer, — à moins que l’autorisation n’ait été accordée de concert par toutes les villes, par Athènes, Argos,
Mantinée et Élée.</p><p>« La ville qui enverra des troupes auxiliaires leur
fournira trente jours de vivres, à dater de leur arrivée
dans la ville qui les aura réclamées, et pourvoira de
même au retour. Si la ville qui a mandé ces troupes
veut en disposer plus longtemps, elle payera, pour subsistances, trois oboles d’Égine par jour à chaque hoplite, soldat léger ou archer, et aux cavaliers une
drachme d’Égine<note xml:lang="mul">Trois oboles d’Égine valaient cinq oboles, et la drachme d’Égine dix oboles attiques, c’est-à-dire environ un franc cinquante centimes de notre monnaie.</note>.</p><p>« La ville qui aura réclamé les secours aura le commandement tant que la guerre se fera sur son territoire.
Si les villes confédérées jugent à propos de faire quel-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Trois oboles d’Égine valaient cinq oboles, et la drachme d’Égine dix oboles attiques, c’est-à-dire environ un franc cinquante centimes de notre monnaie.</note>
<pb n="v.2.p.48"/>
que expédition en commun, le commandement sera
partagé sur le pied de l’égalité.</p><p>« Les Athéniens jureront le traité pour eux et leurs
alliés; du côté des Argiens, des Mantinéens, des Éléens
et de leurs alliés, chaque ville s’obligera en particulier<note xml:lang="mul">Cette différence tient à ce que les Athéniens tenaient leurs alliés dans une complète dépendance, tandis que les peuples du Péloponnèse, dans la jouissance entière de leurs droits, n’étaient engagés que de leur propre consentement.</note>; chacune prêtera le serment le plus sacré dans le
pays, et immolera des victimes parfaites<note xml:lang="mul">C’est-à-dire des boeufs, des béliers, et non des animaux encore allaités, comme les veaux et les agneaux.</note>. La formule
est : « Je resterai fidèle à l’alliance et aux présentes
stipulations, suivant la justice, sans dommage et sans
dol; je n’y contreviendrai en quelque façon et sous
quelque prétexte que ce soit. »</p><p>« A Athènes le serment sera prêté par le sénat et les
magistrats urbains<note xml:lang="mul">Par opposition à ceux que leurs fonctions appelaient au dehors» comme les généraux, les commandants des colonies.</note>, et reçu par les prytanes; à Argos
par le sénat, les quatre-vingts èt les artynes<note xml:lang="mul">Les fonctions de ces magistrats ne sont pas bien connues; peut- être présidaient-ils le conseil des Quatre-vingts.</note>, entre
les mains des quatre-vingts; à Mantinée par les démiurges<note xml:lang="mul">C’était sans doute là une magistrature populaire analogue au tribunal.</note>, le sénat et les autres magistrats, entre les
mains des théores<note xml:lang="mul">Collège de prêtres chargés de consulter les oracles.</note> et des polémarques<note xml:lang="mul">Magistrats chargés de l’intendance militaire et de tout ce qui avait trait à la guerre.</note>; à Élis, par
les démiurges, les magistrats souverains et les six cents,
entre les mains des démiurges et des thesmophylaces<note xml:lang="mul">"Gardiens des lois.</note>.</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 Cette différence tient à ce que les Athéniens tenaient leurs alliés dans une complète dépendance, tandis que les peuples du Péloponnèse, dans la jouissance entière de leurs droits, n’étaient engagés que de leur propre consentement.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">s C’est-à-dire des boeufs, des béliers, et non des animaux encore allaités, comme les veaux et les agneaux.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">8 Par opposition à ceux que leurs fonctions appelaient au dehors» comme les généraux, les commandants des colonies.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">4 Les fonctions de ces magistrats ne sont pas bien connues; peut- être présidaient-ils le conseil des Quatre-vingts.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">8 C’était sans doute là une magistrature populaire analogue au tribunal.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">6 Collège de prêtres chargés de consulter les oracles.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">7 Magistrats chargés de l’intendance militaire et de tout ce qui avait trait à la guerre.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">8 "Gardiens des lois.</note><pb n="v.2.p.49"/><p>« Les serments seront renouvelés, par les Athéniens,
à Élis, à Mantinée et à Argos, trente jours avant les jeux
Olympiques; par les Argiens, les Éléens, les Mantinéens,
à Athènes, dix jours avant les grandes Panathénées<note xml:lang="mul">Les petites Panathénées se célébraient tons les ans; les grandes tous les quatre ans, la troisième année de chaque olympiade.</note></p><p>« Les clauses relatives à la paix, aux serments et à
l’alliance, seront inscrites sur une colonne de marbre,
à Athènes, dans l’Acropole; à Argos, dans l’Agora, au
temple d’Apollon; à Mantinée, dans le temple de Jupiter, sur l’Agora. On placera aussi en commun une colonne d’airain à Olympie, pendant les jeux actuels. Si
les États contractants trouvent quelque chose de mieux,
ils pourront l’ajouter à ces articles, et ce qui aura été
arrêté de concert dans une délibération commqne sortira son entier effet. »</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="48"><p>XLVIII. Ainsi fut conclu ce traité de paix et d’alliance. Ni les Lacédémoniens ni les Athéniens ne renoncèrent pour cela à celui qu’ils avaient entre eux.
Les Corinthiens, quoique alliés des Argiens, ne voulurent ni adhérer à ce nouveau traité, ni même jurer
l’alliance conclue précédemment entre les Éléens, les
Argiens et les Mantinéens, sous la condition de ne
faire la guerre et la paix que d’un commun accord. Ils
déclarèrent se contenter de la première alliance défensive, en vertu de laquelle ils devaient se prêter un
mutuel secours, sans attaquer personne de concert.
Par là les Corinthiens se séparaient de leurs alliés, et
tournaient de nouveau leurs vues vers les Lacédémoniens.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="49"><p>XLIX. Cet été furent célébrés les jeux Olympiques,
où Androsthènes d’Arcadie remporta pour la première
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Les petites Panathénées se célébraient tons les ans; les grandes tous les quatre ans, la troisième année de chaque olympiade.</note>
<pb n="v.2.p.50"/>
fois le prix du pancrace<note xml:lang="mul">Vers le milieu de juillet.</note>. Les Lacédémoniens se virent
interdire par les Éléens l’entrée du temple; ils ne purent, dès lors, ni sacrifier, ni participer aux jeux,
comme n’ayant pas payé l’amende à laquelle les Éléens
les avaient condamnés, suivant la loi olympique, sous
prétexte qu’ils avaient, pendant la trêve olympique<note xml:lang="mul">Les Éléens, chargés de l’administration du temple et des jeux, faisaient publier cette trêve, afin que tons les Grecs pussent assister aux fêtes; les hostilités devaient être partout suspendues pendant ce temps.</note>,
porté les armes contre la place des Phrycos et envoyé
des hoplites à Lépréon. L’amende était de deux mille
raines, à deux mines par hoplite<note xml:lang="mul">C’était le prix de rachat d’un soldat péloponnésien, dans les guerres des Péloponnésiens entre eux. Tous les soldats qui avaient porté les armes pendant la trêve olympique étaient considérés comme captifs de Jupiter.</note>, suivant la loi. Les
Lacédémoniens envoyèrent des députés et soutinrent
qu’ils avaient été condamnés à tort, la trêve n’ayant
pas encore été proclamée à Lacédémone<note xml:lang="mul">Elle était proclamée par des hérauts appelés spoudophores.</note> quand ils
envoyèrent leurs hoplites. Les Éléens alléguaient que
pour eux la suspension d’armes existait déjà, — car
ils ont coutume de la proclamer chez eux d’abord,—
et que, tandis qu’ils étaient tranquilles, sans inquiétude, comme en temps de trêve, les Lacédémoniens
en avaient profité pour commettre inopinément cette
injuste violence. Les Lacédémoniens répondaient que
les Éléens n’auraient pas dû faire proclamer la trêve
à Sparte, si déjà à cette époque ils se croyaient lésés
par les Lacédémoniens; qu’ils l’avaient fait cependant,
preuve qu’ils étaient loin de cette pensée; que de ce
moment les Lacédémoniens n’avaient plus porté les
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Vers le milieu de juillet.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">8 Les Éléens, chargés de l’administration du temple et des jeux, faisaient publier cette trêve, afin que tons les Grecs pussent assister aux fêtes; les hostilités devaient être partout suspendues pendant ce temps.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 C’était le prix de rachat d’un soldat péloponnésien, dans les guerres des Péloponnésiens entre eux. Tous les soldats qui avaient porté les armes pendant la trêve olympique étaient considérés comme captifs de Jupiter.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Elle était proclamée par des hérauts appelés spoudophores.</note>
<pb n="v.2.p.51"/>
armes contre eux. Néanmoins les Éléens persistèrent
dans leur dire, soutenant qu’on ne leur persuaderait
pas que les Lacédémoniens fussent irréprochables; que
si cependant ceux-ci voulaient leur rendre Lépréon, ils
offraient de leur côté de faire remise de ce qui leur
revenait sur l’amende, et de payer pour les Lacédémoniens la part afférente au dieu.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="50"><p>L. N’ayant pu se faire écouter, ils leur proposèrent
encore, non plus de rendre Lépréon, s’ils ne le voulaient pas, mais de monter à l’autel de Jupiter Olympien, puisqu’ils tenaient à jouir du temple, et là de
s’engager par serment, en présence des Grecs, à payer
plus tard l’amende. Les Lacédémoniens, ayant repoussé
même cette proposition, furent exclus du temple, des
sacrifices et des jeux, et durent sacrifier chez eux. Les
autres Grecs prirent part à la solennité, à l’exception
des Lépréates. Cependant les Éléens, craignant que les
Lacédémoniens n’employassent la force pour sacrifier
dans le temple, établirent une gaéde de jeunes gens
armés : mille Argiens, autant de Mantinéens vinrent
se joindre à eux, ainsi que des cavaliers athéniens, qui
attendaient à Argos la célébration de la fête. La crainte
était grande, au milieu des Grecs assemblés, que les
Lacédémoniens ne. vinssent en armes, surtout depuis
que Lichas, de Lacédémone, fils d’Arcésilas, avait été
frappé dans la lice par les sergents d’armes<note xml:lang="mul">Mot à mot, les porte-verges, espèce de licteurs.</note> : son attelage était vainqueur; mais comme il ne lui était pas
permis de concourir, le héraut proclama que la victoire était au char envoyé par le peuple béotien<note xml:lang="mul">Lichas, ne pouvant concourir comme Lacédémonien, avait fait inscrire son char sous le nom du peuple béotien.</note> Ί Li-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Mot à mot, les porte-verges, espèce de licteurs.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Lichas, ne pouvant concourir comme Lacédémonien, avait fait inscrire son char sous le nom du peuple béotien.</note>
<pb n="v.2.p.52"/>
chas alors s’avança dans la lice, et ceignit le cocher
d’une bandelette, pour montrer que le char lui appartenait. Cela ne fit qu’augmenter la crainte générale,
et on s’attendait à quelque événement. Cependant les
Lacédémoniens se tinrent en repos, et la fête se passa
sans accident.</p><p>Après les jeux Olympiques, les Argiens et leurs alliés
se rendirent auprès des Corinthiens pour les engager à
se joindre à eux. Des ambassadeurs de Lacédémone se
trouvaient alors à Corinthe. De nombreuses conférences
eurent lieu, mais sans résultat en définitive : un tremblement de terre étant survenu, on se sépara, et chacun retourna chez soi. L’été finit.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="51"><p>LI. L’hiver suivant<note xml:lang="mul">420 avant notre ère.</note>, les Héracléotes de Trachine<note xml:lang="mul">Les Lacédémoniens avaient envoyé une colonie à Trachiuc et changé son nom en celui d’Héraclée.</note>
en vinrent aux mains avec les Énianes, les Dolopes,
les Méliens et quelques Thessaliens. Ces peuples, voisins d’Héraclée, lui étaient hostiles; car l’érection de
cette place forte ne pouvait être dirigée que contre leur
pays. Aussi, à peine fondée, ils l’attaquèrent et lui
firent tout le mal possible. Dans cette circonstance,
les Héracléotes furent vaincus; le Lacédémonien Xénarès, fils de Cnidis, qui les commandait, fut tué; plusieurs Héracléotes eurent le même sort. L’hiver finit,
et, avec lui, la douzième année de la guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="52"><p>LII. Dès le commencement de l’été suivant, les Béotiens, voyant Héraclée affaiblie et ruinée par cette défaite, l’occupèrent et en chassèrent le Lacédémonien
Hégésippidas, sous prétexte d'incapacité : ils mirent la
main sur cette ville, dans la crainte que les Athéniens
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 420 avant notre ère.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Les Lacédémoniens avaient envoyé une colonie à Trachiuc et changé son nom en celui d’Héraclée.</note>
<pb n="v.2.p.53"/>
ne profitassent, pour s’en emparer, de l’occupation que
donnaient aux Lacédémoniens les troubles du Péloponnèse. Les Lacédémoniens n’en furent pas moins irrités
contre eux. Le même été, Alcibiade, fils de Clinias,
général des Athéniens, secondé par les Argiens et leurs
alliés, pénétra dans le Péloponnèse avec un petit nombre d’hoplites et d’archers athéniens. Il prit à sa suite
quelques alliés du pays, régla avec eux tout ce qui intéressait les contrées alliées, traversa le Péloponnèse
avec son armée et persuada aux habitants de Patras de
pousser leurs murs jusqu’à la mer. Il songeait lui-même
à élever d’autres fortifications à Rhiond’Achaïe; mais les
Corinthiens, les Sicconiens et tous ceux que cet établissement eût incommodés, accoururent et s’y opposèrent.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="53"><p>LIII. Le même été, la guerre éclata entre les Épidauriens et les Argiens, à propos d’un sacrifice que les
Épidauriens devaient offrir à Apollon Pythéen<note xml:lang="mul">Il y avait un temple d’Apollon Pythéen à Asiné. Pythé passait pour le fils d’Apollon.</note> pour
un droit de pâturage<note xml:lang="mul">La plupart des commentateurs ont désespéré de ce passage : les manuscrits portent παραβοταμίων, ou παραποτάμιων. J’ai adopté la première leçon qui seule pouvait offrir un sens raisonnable. Boτάμια signifiant des herbages, j’ai traduit παραβοτάμια par droit d’herbage, quoique je ne connaisse aucun autre emploi de ce mot.</note> et qu’ils n’avaient pas envoyé.
Les Argiens avaient l’intendance suprême du temple;
mais, en dehors même de ce motif, ils méditaient,
d’accord avec Alcibiade, de s’emparer d’Épidaure, afin
de tenir Corinthe en respect et d’ouvrir aux Athéniens,
obligés maintenant de doubler Scylléon, une voie plus
courte pour leur amener des secours d’Égine. Les Argiens se disposèrent donc à attaquer Épidaure, afin
d’exiger le sacrifice.</p><note xml:lang="fre" type="footnote">1 Il y avait un temple d’Apollon Pythéen à Asiné. Pythé passait pour le fils d’Apollon.</note><note xml:lang="fre" type="footnote">* La plupart des commentateurs ont désespéré de ce passage : les manuscrits portent παραβοταμίων, ou παραποτάμιων. J’ai adopté la première leçon qui seule pouvait offrir un sens raisonnable. Boτάμια signifiant des herbages, j’ai traduit παραβοτάμια par droit d’herbage, quoique je ne connaisse aucun autre emploi de ce mot.</note><pb n="v.2.p.54"/></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="54"><p>LIV. Vers le même temps, les Lacédémoniens, sous
la conduite du roi Agis, fils d’Archidamos, firent de
leur côté une expédition en masse à Leuctra, sur leur
frontière, du côté du Lycée. Personne ne savait le but
de l’expédition, pas même les villes qui avaient fourni
les troupes. Mais, les sacrifices offerts avant d’entrer
chez l'ennemi n’ayant pas été favorables<note xml:lang="mul">On trouve dans Thucydide et dans les autres historiens de nombreux exemples de cette superstition, bien d’accord d’ailleurs avec le caractère temporisateur des Lacédémoniens.</note>, ils rentrèrent
chez eux, et prévinrent partout leurs alliés de se tenir
prêts pour une expédition aussitôt après le mois suivant. C’était le mois carnéen<note xml:lang="mul">Ce mois était consacré à Apollon, surnommé Garaéus. Pendant tout le mois, les Lacédémoniens n’entreprenaient aucune expédition, à moins d’une extrême urgence.</note>, mois sacré pour les
Doriens. Lorsqu’ils furent rentrés, les Argiens se mirent en marche, le quatrième jour avant le commencement du mois carnéen; et, comme s’il ne devait être
tenu compte, pour toute la durée de l’expédition, que
du jour de l’entrée en campagne<note xml:lang="mul">Καί άγοντες τήν ή μέραν ταύτην πάντα τον χρόνον, et ducentes hanc diem omne tempus; et considérant ce jour comme tout le temps, c’est-à-dire pensant que, du moment où le jour de l’entrée en campagne n’était pas réservé, il devait communiquer son caractère à tout le reste de l’expédition. Aucun des traducteurs n’a compris ce passage.</note>, ils envahirent le
territoire d’Épidaure et le ravagèrent. Les Épidauriens
appelèrent à eux leurs alliés; mais les uns prétextèrent le mois où l’on se trouvait, les autres vinrent jusqu’aux frontières de l’Épidaurie et restèrent dans l’inaction.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="55"><p>LV. Pendant que les Argiens étaient à Épidaure, des
députés des divers États<note xml:lang="mul">Athéniens et Péloponnésiens.</note> se rassemblèrent à Mantinée,
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 On trouve dans Thucydide et dans les autres historiens de nombreux exemples de cette superstition, bien d’accord d’ailleurs avec le caractère temporisateur des Lacédémoniens.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">8 Ce mois était consacré à Apollon, surnommé Garaéus. Pendant tout le mois, les Lacédémoniens n’entreprenaient aucune expédition, à moins d’une extrême urgence.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Καί άγοντες τήν ή μέραν ταύτην πάντα τον χρόνον, et ducentes hanc diem omne tempus; et considérant ce jour comme tout le temps, c’est-à-dire pensant que, du moment où le jour de l’entrée en campagne n’était pas réservé, il devait communiquer son caractère à tout le reste de l’expédition. Aucun des traducteurs n’a compris ce passage.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Athéniens et Péloponnésiens.</note>
<pb n="v.2.p.55"/>
sur la convocation des Athéniens. Les conférences ouvertes, Euphamidas de Corinthe dit que les actes n’étaient pas d’accord avec les paroles, puisque, pendant
qu’eux étaient tranquillement assis à traiter de la paix,
les Épidauriens et leurs alliés étaient, les armes à la
main, en présence des Argiens; qu’il fallait d’abord
aller séparer les deux armées, et qu’on pourrait alors
revenir traiter de la paix. Cette proposition fut agréée;
on partit et on éloigna les Argiens de rÉpidaurie. Mais
plus tard, les conférences ayant été reprises sans qu’on
parvînt à s’entendre, les Argiens firent une nouvelle
irruption dans l’Épidaurie et la ravagèrent. Les Lacédémoniens, de leur côté, se portèrent à Caryes<note xml:lang="mul">Petite ville au nord de la Laconie, sur la frontière de l’Arcadie; distincte d’une autre ville du même nom au nord de l’Arcadie.</note>; mais,
cette fois encore, les sacrifices offerts avant d’entrer
chez l’ennemi furent contraires, et ils revinrent sur
leurs pas. Les Argiens ravagèrent environ le tiers de
l’Épidaurie, et rentrèrent chez eux. Mille hoplites
athéniens, sous la conduite d’Alcibiade, étaient venus
se mettre à leur disposition; mais lorsqu’on apprit que
les Lacédémoniens avaient renoncé à leur expédition,
leur secours cessant d’être nécessaire, ils se retirèrent.
Ainsi se passa l’été.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="56"><p>LVI. L’hiver suivant<note xml:lang="mul">Olympiade quatre-vingt-dixième, seconde année, 419 avant notre ère; octobre.</note>, les Lacédémoniens, à l’insu
des Athéniens, envoyèrent, par mer, à Épidaure, une
garnison de trois cents hommes, sous le commandement d’Agésippidas. Les Argiens allèrent à Athènes se
plaindre de ce que, malgré les traités qui portaient
que chacun des peuples contractants interdirait à l’en-
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Petite ville au nord de la Laconie, sur la frontière de l’Arcadie; distincte d’une autre ville du même nom au nord de l’Arcadie.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">i Olympiade quatre-vingt-dixième, seconde année, 419 avant notre ère; octobre.</note>
<pb n="v.2.p.56"/>
nemi le passage sur son territoire, ils eussent laissé passer ces troupes par mer. Ils disaient qu’il y aurait
injustice de leur part à ne pas envoyer aussi les Messéniens et les Hilotes à Pylos contre les Lacédémoniens.
Les Athéniens, à l’instigation d’Alcibiade, écrivirent
sur la colonne<note xml:lang="mul">Quand on déclarait le traité rompu, on renversait la colonne sur laquelle il était inscrit; les Athéniens, ne voulant pas encore reprendre les hostilités, se contentaient, comme vengeance, d’une insulte publique aux Lacédémoniens.</note>, au bas du traité conclu avec Lacédémone, que les Lacédémoniens avaient violé leurs serments; puis ils transportèrent les Hilotes de Cranies<note xml:lang="mul">Voyez même livre, ch. 35.</note>
à Pylos, pour piller le pays; du reste ils se tinrent en
repos. Dans la guerre que se firent cet hiver les
Argiens et les Épidauriens, il n’y eut point de bataille
rangée, mais seulement des embuscades et des incursions où la perte se bornait à quelques hommes de
part et d’autre. L’hiver finissait et on touchait au
printemps, lorsque les Argiens s’approchèrent d’Épidaure avec des échelles : ils espéraient la trouver sans
défense à cause de la guerre<note xml:lang="mul">Par suite de la dispersion des troupes dans tout le pays.</note> et l’emporter de vive
force; mais ils durent se retirer sans avoir rien fait.
L’hiver finit, et avec lui la treizième année de la
guerre.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="57"><p>LVII. Au milieu de l’été suivant<note xml:lang="mul">418 avant notre ère 5 juin.</note>, les Lacédémoniens,
voyant la détresse des Épidauriens, leurs alliés, la défection d’une partie du Péloponnèse et les mauvaises
dispositions du reste, songèrent que le mal ne ferait
qu’empirer s’ils ne le prévenaient au plus tôt. Ils se portèrent en masse contre Argos, eux et les Hilotes, sous
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Quand on déclarait le traité rompu, on renversait la colonne sur laquelle il était inscrit; les Athéniens, ne voulant pas encore reprendre les hostilités, se contentaient, comme vengeance, d’une insulte publique aux Lacédémoniens.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">2 Voyez même livre, ch. 35.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">3 Par suite de la dispersion des troupes dans tout le pays.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">4 418 avant notre ère 5 juin.</note>
<pb n="v.2.p.57"/>
la conduite d’Agis, fils d’Archidamos, leur roi. Les Tégéates prirent part à cette expédition, ainsi que tous
les alliés des Lacédémoniens dans l’Arcadie. Les alliés
du reste du Péloponnèse et ceux du dehors se rassemblèrent à Phlionte : les Béotiens avaient cinq mille hoplites, autant de troupes légères, cinq cents cavaliers
et même nombre d’hamippes<note xml:lang="mul">Soldats légers, intercalés dans les rangs des cavaliers, comme l’inclique leur nom, et combattant soit à pied; soit à cheval.</note>. Les Corinthiens avaient
fourni deux mille hoplites; les autres en proportion.
Les Phliasiens prirent les armes en masse, l’armée se
trouvant sur leur territoire.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="58"><p>LVIII. Les Argiens avaient été tout d’abord informés des préparatifs des Lacédémoniens; lors qu’ils les
surent en marche pour rejoindre leurs alliés à
Phlionte, ils se mirent eux-mêmes en campagne. Les
Mantinéens, assistés de leurs alliés, et trois mille hoplites éléens, vinrent à leur secours. Ils se portèrent
en avant, et rencontrèrent les Lacédémoniens à Méthydrion, en Arcadie; chacune des deux armées occupa une colline. Les Argiens se disposaient à profiter
de l’isolement des Lacédémoniens pour attaquer, lorsque Agis leva secrètement son camp pendant la nuit
et se porta vers Phlionte à la rencontre de ses alliés.
Lorsque les Argiens s’en aperçurent, au point du jour,
ils marchèrent d’abord vers Argos et suivirent ensuite
la route de Némée, par où ils supposaient que les Lacédémoniens descendraient avec leurs alliés. Mais Agis,
au lieu de suivre ce chemin, comme ils s’y étaient
attendus, prit avec lui les Lacédémoniens, les Arcadiens et les Épidauriens, s’engagea dans une autre
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Soldats légers, intercalés dans les rangs des cavaliers, comme l’inclique leur nom, et combattant soit à pied; soit à cheval.</note>
<pb n="v.2.p.58"/>
route d'un difficile accès, et déboucha dans la plaine
d’Argos. Les Corinthiens, les Pelléniens et les Phliasiens prirent un autre chemin par les hauteurs. Les
Béotiens, les Mégariens et les Sicyoniens avaient
ordre de descendre par la route de Némée, occupée
par les Argiens, afin de les prendre par derrière avec la
cavalerie, s’ils venaient attaquer les Lacédémoniens
dans la plaine. Ces dispositions prises, Agis, après avoir
débouché dans la plaine, ravagea Saminthos et d’autres points.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="59"><p>LIX. Il était déjà jour quand les Argiens, mieux renseignés, descendirent de Némée. Ils donnèrent au milieu des troupes de Phlionte et de Corinthe, tuèrent
quelques Phliasiens et éprouvèrent eux-mêmes, de la
part des Corinthiens, des pertes qui ne furent pas
beaucoup plus considérables. Les Béotiens, les Mégariens et les Sicyoniens s’avancèrent vers Némée, suivant leurs instructions, mais n’y trouvèrent plus les
Argiens; ceux-ci étaient déjà descendus, et, à la vue de
leur territoire ravagé, s’étaient mis en ordre de bataille. En face d’eux étaient les Lacédémoniens, également en ordre de combat. Les Argiens se trouvaient cernés au milieu des ennemis : du côté de la
plaine, les Lacédémoniens et les alliés qu’ils avaient
avec eux leur fermaient toute communication avec la
ville; les Corinthiens, les Phliasiens et les Pelléniens
occupaient les hauteurs; la route de Némée était fermée par les Béotiens, les Sicyoniens et les Mégariens.
Ils n’avaient pas de cavalerie; car, de tous leurs alliés,
les Athéniens étaient les seuls qui ne fussent pas encore arrivés. Toutefois les Argiens et leurs alliés ne
croyaient pas généralement la situation aussi critique :
<pb n="v.2.p.59"/>
le combat leur semblait au contraire se présenter favorablement, et ils s’applaudissaient de tenir ainsi sur
leur propre territoire et auprès de leur ville les Lacédémoniens enfermés. Mais, au moment même où les
deux armées allaient en venir aux mains, deux Argiens,
Thrasyllos, l’un des cinq généraux, et Alciphron, proxène des Lacédémoniens, allèrent trouver Agis et eurent avec lui une conférence pour empêcher le combat : ils disaient les Argiens disposés à donner et à recevoir toutes satisfactions réciproques sur le pied de
l’égalité, si les Lacédémoniens avaient quelques griefs
contre eux; à faire la paix pour l’avenir et à conclure
un traité.</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre2:5" n="60"><p>LX. Ceux des Argiens qui faisaient ces propositions
parlaient en leur nom propre et sans aucune mission
publique. Agis les accepta, également de sa propre autorité : sans aucune délibération générale, sans les
communiquer à d’autres qu’à un des magistrats qui
l’accompagnaient dans son expédition<note xml:lang="mul">Deux éphores accompagnaient toujours le roi dans ses expéditions.</note>, il conclut une
trêve de quatre mois, pendant laquelle les Argiens devaient exécuter leurs promesses. Aussitôt après il ramena son armée, sans rien dire à aucun des alliés. Les
Lacédémoniens et les alliés obéirent aux ordres d’Agis,
conformément à la loi<note xml:lang="mul">Quand le roi commandait, lui seul donnait les ordres.</note>; mais, entre eux, ils le critiquèrent amèrement, en songeant qu’au moment même
où s’offrait une si belle occasion de combattre, quand
l’ennemi était enveloppé de toutes parts par la cavalerie et l’infanterie, ils se retiraient sans avoir rien fait
qui répondît à leurs préparatifs. C’était, en effet, la
<note xml:lang="fre" type="footnote">1 Deux éphores accompagnaient toujours le roi dans ses expéditions.</note>
<note xml:lang="fre" type="footnote">* Quand le roi commandait, lui seul donnait les ordres.</note>
<pb n="v.2.p.60"/>
plus belle armée grecque qui eût été rassemblée jusquelà : rien de plus brillant, surtout à Némée, quand elle
s’y trouvait réunie tout entière. Là étaient les Lacédémoniens avec toutes leurs forces, les Arcadiens, les
Béotiens, les Corinthiens, les Sicyoniens, les Pelléniens,
les Phliasiens et les Mégariens; toutes troupes d’élite
et qui semblaient capables de se mesurer, non-seulement avec la confédération des Argiens, mais avec bien
d’autres forces encore réunies aux leurs. L’armée se
retira donc, tout en accusant Agis; on se sépara, et
chacun regagna son pays.</p><p>Les Argiens, de leur côté, accusaient bien plus
amèrement encore ceux qui avaient traité sans l’aveu
de la multitude : ils pensaient, eux aussi, que jamais
plus belle occasion ne s’était présentée à eux que
celle où les Lacédémoniens venaient de leur échapper;
car ils auraient combattu au pied de leurs murailles,
avec l’assistance d’alliés nombreux et braves. Aussi, à
leur retour, se mirent-ils à lapider Thrasyllos dans le
Charadron<note xml:lang="mul">Torrent près d’Argos, dans le lit duquel siégeait ce tribunal improvisé.</note>, là où ils jugent, avant de rentrer, les délits militaires. Thrasyllos se réfugia au pied de l’autel, et
échappa à la mort; mais ses biens furent confisqués<note xml:lang="mul">Diodore de Sicile ajoute que sa maison fut rasée.</note>.</p></div></div></div></body></text></TEI>
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