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                    <TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0"><text xml:lang="fre"><body><div type="translation" xml:lang="eng" n="urn:cts:greekLit:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1"><div type="textpart" subtype="book" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1" n="6"><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="25"><p>Enfin un Athénien monte à la tribune, interpelle Nicias, et le somme de renoncer aux tergiversations et aux défaites,

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mais de déclarer nettement et séance tenante quels sont les préparatifs que rassemblée doit roter. Ainsi mis en demeure, Nicias répondit qu’il en conférerait à loisir avec les généraux ses collègues; mais que, pour le moment, son opinion personnelle était qu'on ne devait pas se mettre en mer avec moins de cent trirèmes ; que les bâtiments pour le transport des hoplites seraient fournis en partie par les Athéniens dans une proportion déterminée, en partie par des réquisitions faites chez les alliés; que la totalité des hoplites, soit d’Athènes, soit des villes alliées, devait être d'au moins cinq mille, et au-dessus s’il se pouvait ; qu'on réglerait en conséquence le reste de l'armement, savoir: archers nationaux ou crétois, frondeurs, et en un mot tout ce qui serait jugé nécessaire.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="26"><p>Après avoir entendu ces paroles, les Athéniens décrétèrent sur-le-champ que les généraux auraient plein pouvoir pour fixer, selon leur prudence, la force des troupes et tous les détails de l’expédition. Ensuite commencèrent les préparatifs. Ou envoya chez les alliés; on fit des levées à Athènes. La ville avait depuis peu réparé les brèches causées par la peste et par une guerre prolongée; durant la paixelle avait vu s’accroître sa population et ses revenus. Aussi l'on pouvait se procurer tout plus facilement. Les préparatifs se poursuivaient.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="27"><p>Sur ces entrefaites, il arriva qu’en une seule nuit les Hermès de pierre<note xml:lang="mul"><p>Bustes de Mercure, placés sur un piédestal ou stylobate, et considérés comme symboles de la sécurité des chemins (statuæ viales).   </p></note>, figures quadrangulaires qui, suivant l'usage du pays, sont'placées en grand nombre devant les temples et les édifices particuliers, se trouvèrent pour la plupart mutilés au visage. Nul ne savait les auteurs de cette profanation ; la ville promit de fortes récompenses à qui les découvrirait. On invita aussi tout citoyen, étranger ou esclave, qui aurait connaissance de quelque autre sacrilège commis, à le déclarer librement. Cette affaire prit des proportions considérer blés ; on y voyait un présage relatif à l'expédition, un complot organisé pour bouleverser l’État et pour abolir la démocratie.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="28"><p>En conséquence un certain nombre de métèques et de valets firent une déposition relative, nullement aux Hermès, mais à d'autres statues, que des jeunes gens ivres s'étaient précédemment fait un jeu de mutiler. Ils ajoutèrent qu'on parodiait dans quelques maisons les mystères, et qu'Alcibiade n’y était pas étranger. Ses ennemis, qui voyaient en lui un obstacle à leur ascendant sur le peuple, et qui espéraient, grâce à son éloignement, devenir les premiers personnages de la république, saisirent avec avidité ce prétexte et l’amplifièrent

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à plaisir. Ils allaient répétant partout que la contrefaçon des mystères et la mutilation des Hermès étaient son ouvrage, et qu’elles avaient pour but le renversement de la démocratie. Pour preuve, ils alléguaient la manière antipopulaire dont il mettait toute sa conduite en désaccord avep les lois.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="29"><p>Alcibiade chercha dans l’instant à repousser ces calomnies.. Il offrit de se présenter en justice avant le départ de l’expédition, dont les apprêts étaient terminés. Il demandait à être puni si sa culpabilité était démontrée, ou, dans le cas contraire, à conserver son commandement. Il conjurait le peuple de ne pas accueillir des imputations dirigées contre loi pendant son absence, mais de le mettre à mort sur-le-champ s’il le croyait coupable ; ajoutant qu’il serait de la dernière imprudence de l’expédier à la tête d’une grande armée sous le poids de telles qharges et avant jugement. Mais ses ennemis s’y opposèrent de toutes leurs forces ; ils craignaient, en lui faisant immédiatement son procès, qu’il n’eût pour lui l'armée, et que le peuple ne le ménageât, parce que c’était à lui qu’on était redevable de la part que les Argiens et quelques Mantinéens prenaient à l’expédition. Ils suscitèrent donc d’autres orateurs, qui dirent qu’Alcibiade devait préalablement s’embarquer et ne pas retarder le départ, qu’au besoin il reviendrait plaider sa cause dans un délai déterminé. Leur intention était de le diffamer toujours davantage en son absence, puis de le mander pour qu’il eût à se justifier. Il fut résolu qu’Alcibiade partirait.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="30"><p>On était déjà au milieu de l’été quand la flotte appareilla pour la Sicile. Le gros des alliés, les transports chargés de vivres, les autres bâtiments et tout le matériel de guerre avaient été précédemment acheminés sur Corcyre, d’où l’armée réunie devait traverser le golfe Ionien en se dirigeant vers la pointe d’iapygie<note xml:lang="mul"><p>La pointe d’Iapygie est le cap actuellement nommé Santa Maria di Leuca, dans la Pouille. </p></note>. Au jour fixé, les Athéniens et ceux des alliés qui se trouvaient à Athènes descendirent au Pirée, et, dès l’aurore, montèrent sur les vaisseaux prêts à les recevoir. Avec eux descendit presque toute la population, citoyens et étrangers. Les gens du pays accompagnaient leurs amis, leurs parents ou leurs fils; ils marchaient pénétrés à la fois d’espérance et de tristesse, en pensant d’une part aux conquêtes qu’ils allaient faire, d’autre part à l’incertitude de jamais se revoir et à la distance qui allait se trouver entre eux et leur patrie. Dans ce moment de séparation et à la veille du danger, les difficultés de l’entreprise leur apparaissaient plus frappantes

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que lorsqu’ils l’avaient décrétée; néanmoins le grand déploiement de forces qu’ils avaient sous les yeux leur rendait confiance. Quant aux étrangers et au reste de la foule, ils étaient accourus par simple curiosité, pour jouir d’un spectacle grandiose et véritablement incroyable.
</p></div><div type="textpart" subtype="chapter" xml:base="cts:urn:tlg0003.tlg001.1st1K-fre1:6" n="31"><p>Jamais armée grecque si superbe et si magnifiquement équipée n’était sortie d’un même port. Pour le nombre des vaisseaux et des hoplites, celle qui alla à Épidaure avec Périclès et ensuite à Potidée avec Hagnon n’était point inférieure <note xml:lang="mul"><p>Voyez liv. II, ch. lvi et lvui. </p></note> ; car elle comptait quatre mille hoplites, quatre cents cavaliers, cent trirèmes d’Athènes, cinquante de Lesbos et de Chios, sans parler des autres alliés; mais elle n’avait qu’une courte traversée à faire et son équipement laissait beaucoup h désirer. Ici au contraire l’expédition devait être de longue durée, et il fallait qu’elle pût agir au besoin sur terre et sur mer. La flotte avait été armée à grands frais par l’État et par les trié-rarques.L’État donnait une drachme par jour à chaque matelot<note xml:lang="mul"><p>C’était le double de la paye ordinaire, tu la longueur du voyage et les dangers de l’expédition. La même augmentation avait eu lieu pour le siège de Potidée (liv. III, ch. xvii). </p></note>; il fournissait les vaisseaux, soixante hâtiments légers, quarante pour le transport des hoplites, avec des équipages de choix. Les triérarques allouaient un supplément de solde aux matelots dits thranites <note xml:lang="mul"><p>Sur la division des rameurs des trirèmes, voyez liv. IV, ch.xxxn. note 1. Les thranites ou rameurs de la première classe avaient à manier les rames les plus longues et à supporter le travail le plus pénible. Ils se composaient d’hommes de choix. </p></note> et aux autres rameurs ; ils avaient orné leurs navires de riches emblèmes et de toute sorte d’embellissements ; chacun d’eux avait fait les plus grands sacrifices pour que son bâtiment se distinguât par son élégance et par la rapidité de sa marche. L’infanterie avait été recrutée d’après des rôles soigneusement dressés<note xml:lang="mul"><p>La milice régulière d’Athènes (hoplites et cavaliers) était formée des citoyens des trois premières classes, inscrits à cet effet dans un rôle (<foreign xml:lang="grc">κατάλογος</foreign>) tenu dans chaque tribu. La quatrième classe, composée des thètes, n’était astreinte qu’au service maritime ou à celui de troupes légères. Voyez liv. III, ch. Lxxxvn, note 1. </p></note>; les soldats avaient rivalisé entre eux pour la beauté des vêtements et des armes ; en un mot, chacun avait fait les derniers efforts pour briller à la place qui lui était assignée. On eût dit une démonstration de force et de puissance pour éblouir la Grèce, plutôt qu’un armement dirigé contre des ennemis. Si l’on additionne ce que l’État et les particuliers avaient déboursé pour cette expédition, l’État par ses avances et par les sommes fournies aux généraux partants, les particuliers par les frais des soldats pour leur équipement et des triérarques pour leurs navires ; si l’on y joint tout l’argent que chacun, indépendamment de la solda publique, devait se procurer pour un voyage de long cours, enfin celui que les soldats et les marchands emportaient pour trafiquer, on se fera une idée de l’énorme quantité de numéraire qui sortait alors d’Athènes. L’expédition n’était pas moins remarquable par sa prodigieuse hardiesse et par l’éclat de son appareil, que par la disproportion de ses forces avec son but avoué. L’immense

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étendue du trajet ajoutait encore à la grandeur d’une entreprise qui offrait la perspective illimitée d’un splendide avenir.
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